Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouveau départ
Depuis les attaques dévastatrices qui ont frappé l’armée malienne et ses alliés russes fin avril, des milliers de Maliens réfugiés en Mauritanie rêvent d’un retour possible au pays. Mosso*, un ancien éleveur touareg de 57 ans, incarne cette espérance fragile. « Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous », confie-t-il, les yeux emplis d’émotion. Ces combats, menés conjointement par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), ont infligé un revers cuisant à la junte militaire au pouvoir depuis 2020.
À Fassala, petite ville mauritanienne frontalière, les souvenirs des exactions commises par les paramilitaires russes restent vifs. Beaucoup les désignent encore sous le nom de « Wagner », l’ancienne milice privée devenue « Africa Corps », engagée aux côtés de Bamako dans la lutte contre les groupes jihadistes après le retrait des troupes françaises. Mosso se souvient avec douleur : son frère a été exécuté sous ses yeux par des Russes, devant son fils alors âgé de 14 ans, il y a un an.
Des espoirs nourris par la chute des Wagner
Sous une tente de fortune pour se protéger de la chaleur saharienne, Mosso attend avec impatience « la chute d’Assimi Goïta ». « C’est lui qui a fait venir Wagner au Mali », dénonce cet homme à la barbe blanche. Son témoignage rejoint celui de nombreux civils maliens, victimes de violences et de représailles de la part des forces régulières et de leurs supplétifs, ou des jihadistes. Des exactions qui ont poussé des organisations comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) à saisir la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.
Les images d’un convoi russe quittant Kidal, ville stratégique du Nord malien reprise par la rébellion touareg fin avril, ont fait naître un début d’espoir chez les réfugiés. Environ 300 000 Maliens ont trouvé refuge dans la région mauritanienne du Hodh Chargui depuis 2012.
L’alliance controversée entre FLA et Jnim
À Mbera, camp accueillant aujourd’hui 120 000 personnes, Ahmed*, 35 ans, partage un sentiment mitigé. Ce Touareg espère lui aussi le retour de la paix, mais craint l’influence des groupes armés. « Je ne veux pas que Wagner reste, mais l’alliance entre le FLA et les jihadistes me fait peur », avoue-t-il. Il évoque les souffrances causées par les blocages imposés par le Jnim depuis octobre dernier, qui ont poussé près de 14 000 personnes à fuir, majoritairement des femmes et des enfants.
Abdallah*, 77 ans, réfugié lui aussi, se dit « très loin d’être satisfait » de la reprise de Kidal par le FLA. « Le Jnim est un mouvement terroriste. Leur idéologie ne correspond pas à nos valeurs de musulmans modérés et pacifiques », explique-t-il avec fermeté.
Une région sous tension
Les combats récents au Mali font craindre un nouvel afflux de réfugiés. Omar Doukali, porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Mauritanie, alerte : « Nous suivons la situation avec une grande inquiétude. »
Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, souligne les tensions croissantes sur les ressources locales. « Les pâturages, l’eau et les services de base, comme la santé, sont sous pression », précise-t-il. Malgré sa stabilité relative, la Mauritanie, pays désertique de 5,5 millions d’habitants, voit sa situation se compliquer avec l’accueil de plus de 300 000 Maliens.
Tilleli*, 22 ans, mère d’un nourrisson, raconte son histoire avec émotion. Fuyant Mopti il y a un mois après le pillage de son village par l’armée et les mercenaires russes, elle déclare : « Je ne rentrerai que si les Wagner quittent le Mali. Je ne vois pas la paix revenir de sitôt. »
Dans ce Sahel devenu épicentre des violences jihadistes, l’avenir des réfugiés maliens en Mauritanie reste incertain. Entre l’espoir d’un retour et la peur d’un nouvel exode, leur quotidien oscille entre précarité et attente.