Répression des enfants au Togo : des enquêtes sans suite
Le 16 juin, l’Afrique commémore la Journée de l’enfant africain, instituée en mémoire des élèves de Soweto. Cette année, le thème portait sur l’accès à l’eau et à l’hygiène. Au Togo, les discours officiels promettent un avenir meilleur, mais derrière la rhétorique, la réalité est cruelle : le régime de Lomé réprime durement, et les enfants innocents en paient le prix fort. Retour sur une série de promesses non tenues et d’enquêtes disparues.
De Soweto à Lomé, le parallèle est saisissant. Alors que la Journée de l’enfant africain rappelle l’importance des droits des enfants, le Togo semble avoir transformé la répression des plus jeunes en instrument de maintien au pouvoir. Protéger un enfant ne se limite pas à des déclarations : il faut garantir des conditions de naissance et de croissance décentes. Dans les hôpitaux togolais, des mères accouchent encore à même le sol, faute de moyens et d’infrastructures. Les maternités sont saturées, et la vie des nouveau-nés tient à un fil.
Pendant que les institutions internationales réitèrent leurs engagements, Lomé fait semblant de suivre. Dès qu’un jeune conteste ces violations, la réponse est une balle réelle. Même ceux qui ne manifestent pas, simplement en quête de nourriture, se retrouvent victimes.
Jacques Koutoglo : une noyade contestée, une enquête enterrée
Il y a près d’un an, Jacques Koutoglo, 15 ans, a été battu à mort puis jeté dans la lagune de Bè, à Lomé, lors des premières manifestations de juin 2025. Ce jour-là, il cherchait simplement à se nourrir. Face au drame, Pacôme Adjourouvi, alors ministre des Droits de l’homme, a d’abord évoqué une noyade naturelle, avant d’annoncer une enquête. Depuis, plus rien. Le ministre a quitté son poste sans divulguer les conclusions. Le refus d’autoriser une messe pour l’adolescent accentue la douleur d’une famille inconsolable.
Joseph Zoumekey et Rachad Maman : le silence persistant
En 2017, Joseph Zoumekey, 13 ans, a été envoyé par sa mère acheter des condiments à Bè-Kpota. Il a été fauché par une balle réelle. Une autopsie indépendante a confirmé le tir, contredisant la version officielle. Malgré des appels à la justice, le pouvoir de Faure Gnassingbé reste muet. La même année, à Bafilo, Rachad Maman, 14 ans, marchait avec son père pour réclamer des réformes démocratiques lorsqu’il a été atteint par des tirs. Une pétition internationale a recueilli des milliers de signatures, exigeant une enquête. Sans résultat.
Anselme Sinandaré et Douti Sinalengue : le Nord et le Sud unis dans la douleur
À Dapaong, en 2012, Anselme Sinandaré (12 ans) et Douti Sinalengue (21 ans) ont été abattus lors d’une manifestation pacifique d’élèves réclamant des enseignants. Plus d’une décennie plus tard, aucun responsable n’a été identifié. Du nord au littoral, le constat est implacable : la vie des enfants pèse peu face à la conservation du pouvoir. Des dizaines de familles voient leurs enfants sacrifiés en toute impunité, une dynamique qui perdure depuis le début du régime Gnassingbé.
Pourtant, le Togo a ratifié la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfance le 5 mai 1998. En enterrant ces enquêtes, Lomé envoie un signal clair : les traités ne valent que tant qu’ils ne menacent pas la survie politique du régime.