Revendications marocaines sur ceuta et melilla : une pression qui s’intensifie

Revendications marocaines sur Ceuta et Melilla : une pression qui s’intensifie

Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles en Afrique du Nord, restent au cœur de tensions persistantes entre le Maroc et l’Espagne. Après l’afflux massif de migrants fin juillet, les revendications territoriales de Rabat sur ces territoires ont resurgi, alimentant une crise diplomatique et migratoire sans précédent.

manifestation devant le consulat espagnol à Rabat

Un différend territorial qui resurgit

Les tensions entre le Maroc et l’Espagne autour de Ceuta et Melilla ne sont pas nouvelles. Ces deux villes, sous souveraineté espagnole depuis des siècles, sont revendiquées par Rabat, qui les considère comme des territoires occupés. Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur espagnol au Maroc et ex-directeur des services de renseignement, souligne que ces revendications n’ont jamais été abandonnées.

Selon lui, l’afflux de 72 000 migrants à Ceuta fin juillet n’est pas un hasard. Il estime que le Maroc a profité de la situation pour tester la réaction de Madrid, dans un contexte où le gouvernement espagnol est perçu comme affaibli. « Rabat sent une certaine faiblesse à Madrid, et cela influence sa stratégie », confie-t-il.

Les raisons derrière la crise migratoire

Le Maroc et l’Espagne sont liés par une coopération essentielle en matière de migration, de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Pourtant, les relations entre les deux pays sont souvent marquées par des hauts et des bas. La décision de la justice espagnole d’interdire les refoulements immédiats des migrants a servi de catalyseur à la crise.

Dezcallar pointe également du doigt la gestion de la situation par les autorités espagnoles. « Il y a eu une certaine permissivité ou négligence de la part des autorités marocaines », déclare-t-il. Les appels des autorités locales de Ceuta, mettant en garde contre une augmentation des arrivées irrégulières, n’auraient pas été suffisamment pris au sérieux.

Les réactions politiques en Espagne

La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a réaffirmé avec fermeté la souveraineté de l’Espagne sur Ceuta et Melilla. « Ces territoires sont espagnols et hors de portée », a-t-elle déclaré lors d’une visite à Ceuta. Cette position tranchante contraste avec la prudence historique du gouvernement espagnol, qui évite soigneusement de froisser le Maroc.

Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a pour sa part réitéré les revendications de son pays. « Nous restons fermement ancrés sur nos territoires. Cette question sera résolue par la négociation et avec patience », a-t-il affirmé lors d’une intervention médiatique.

Un contexte politique tendu

Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez, déjà fragilisé par des scandales de corruption, doit faire face à des défis majeurs. Ses politiques migratoires libérales et ses critiques envers les États-Unis ont souvent suscité des tensions avec ses partenaires européens. « Les relations entre l’Espagne et le Maroc sont davantage passionnées que rationnelles », analyse Dezcallar.

Malgré ces divergences, les deux pays restent liés par une coopération économique et sécuritaire cruciale. Le roi Felipe VI d’Espagne n’a jamais visité Ceuta ou Melilla, et un ministre des Affaires étrangères n’y est allé pour la première fois que récemment, dans une tentative de désamorcer les tensions.

Les menaces d’un nouvel afflux migratoire

Les services de renseignement espagnols ont alerté sur un possible nouveau mouvement migratoire vers Ceuta le 15 août, alimenté par des appels sur les réseaux sociaux. Les syndicats de police et de la Garde civile ont confirmé cette menace. Dezcallar met en garde : « Si quelqu’un pense que le Maroc renoncera à ses revendications, il se trompe. »

La crise de 2021, lors de laquelle le Maroc avait envoyé près de 10 000 migrants vers Ceuta après l’hospitalisation d’un dirigeant sahraoui, reste dans les mémoires. « On peut pardonner une erreur une fois, mais pas deux », souligne l’ancien ambassadeur.

Une relation en dents de scie

Malgré les tensions, l’Espagne et le Maroc doivent maintenir une coopération étroite, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires. Cependant, les revendications marocaines sur Ceuta et Melilla continuent de peser comme une épée de Damoclès sur leurs relations.