Romuald wadagni en mission diplomatique inédite au Niger et au Burkina Faso

Quelques semaines après son investiture à la présidence de la République du Bénin, Romuald Wadagni entame ce mardi 2 juin un déplacement simultané à Niamey et Ouagadougou. Cette visite, première étape d’une tournée diplomatique d’envergure en Afrique de l’Ouest, marque une volonté claire de relancer le dialogue avec les voisins sahéliens, après des mois de tensions entre Cotonou, Niamey et Ouagadougou.

Investi le 24 mai dernier à Cotonou, le successeur de Patrice Talon a choisi d’agir rapidement sur le terrain pour rétablir des relations apaisées. Depuis les bouleversements politiques au Niger et au Burkina Faso, les échanges entre ces pays se sont fortement dégradés, notamment en raison de désaccords persistants sur la gestion des frontières et la sécurité régionale.

Une démarche de conciliation pour apaiser les tensions régionales

Ce déplacement intervient dans un contexte particulièrement tendu. Les relations entre le Bénin et les juntes nigérienne et burkinabè se sont fortement dégradées depuis les changements de régime à Niamey en juillet 2023 et à Ouagadougou. Le précédent gouvernement béninois avait adopté une position perçue comme alignée sur les positions de la Cédéao, une organisation jugée hostile par les nouvelles autorités sahéliennes.

Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances connu pour son approche pragmatique, privilégie désormais une stratégie de dialogue direct. Cette visite éclair, programmée dès la deuxième semaine de son mandat, illustre sa volonté de désamorcer les conflits accumulés, notamment la fermeture de la frontière nigéro-béninoise et les différends en matière de sécurité transfrontalière.

Le corridor Cotonou-Niamey, un enjeu économique et stratégique

Les discussions porteront en priorité sur le corridor logistique reliant Cotonou à Niamey, une artère vitale pour l’économie du Niger enclavé. La suspension des échanges commerciaux, consécutive aux sanctions de la Cédéao puis au retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de l’organisation sous-régionale, a profondément affecté les opérateurs béninois. Le port de Cotonou a vu son trafic vers le Sahel diminuer au profit d’autres hubs comme Lomé ou Tema.

Pour le Bénin, rétablir la fluidité des échanges relève d’une urgence économique autant que diplomatique. Les recettes douanières et portuaires représentent une part majeure des finances publiques. Une normalisation des relations passera nécessairement par la réouverture totale des points de passage et l’abandon des taxes supplémentaires imposées de part et d’autre. La question de la sécurité, notamment la lutte contre les groupes armés actifs dans le parc W et le long des frontières communes, sera également au cœur des échanges.

Naviguer entre Alliance des États du Sahel et Cédéao

La mission diplomatique de Romuald Wadagni s’inscrit dans un équilibre délicat. Bien que le Bénin reste membre de la Cédéao, il cherche à renouer un dialogue constructif avec l’Alliance des États du Sahel (AES), fondée en septembre 2023 par le Niger, le Burkina Faso et le Mali pour exprimer leur opposition à l’organisation d’Abuja. Le président béninois doit donc manœuvrer avec prudence pour ne pas être perçu comme cautionnant les transitions militaires tout en évitant de se couper des engagements régionaux de son pays.

La dimension symbolique de cette visite n’échappe à personne. En choisissant Niamey et Ouagadougou comme premières destinations hors de la zone côtière, Romuald Wadagni envoie un message fort à des partenaires historiques. Ces pays partagent non seulement des frontières avec le Bénin, mais aussi des défis sécuritaires majeurs dans sa partie septentrionale. Les attaques répétées attribuées à des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique dans le nord du Bénin rendent indispensable une coopération renforcée avec les forces armées sahéliennes.

L’accueil réservé par le général Tiani et le capitaine Traoré à cette initiative diplomatique déterminera en grande partie son succès. Les autorités de transition au Niger et au Burkina Faso ont jusqu’ici privilégié des partenariats avec Moscou et une approche éloignée des cadres traditionnels de l’Afrique de l’Ouest. Le défi de Romuald Wadagni consistera à prouver qu’une voie béninoise, indépendante des pressions de la Cédéao, peut aboutir à des avancées concrètes pour les populations frontalières et les acteurs économiques.