Romuald Wadagni, nouveau président du Bénin : un technocrate à l’épreuve du pouvoir
Romuald Wadagni, nouveau président du Bénin : un technocrate à l’épreuve du pouvoir
À 49 ans, Romuald Wadagni s’installe officiellement à la tête du Bénin pour un mandat de sept ans, renouvelable. Ce technocrate discret, dont l’élection a été validée par la Cour constitutionnelle, a prêté serment dimanche matin dans l’enceinte du palais présidentiel de Cotonou, en l’absence des chefs d’État étrangers, une tradition récente lors des investitures béninoises.
Une investiture sans opposition
Son accession à la présidence s’est déroulée sans encombre : son unique adversaire, Paul Hounkpè, n’a pas su mobiliser suffisamment de soutiens pour peser face à lui. Ce dernier, issu des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), a d’ailleurs rejoint la majorité présidentielle depuis. Quant au principal parti d’opposition, les Démocrates, il s’est retrouvé exclu du scrutin faute de parrainages suffisants, plongeant dans une crise interne.
Un discours axé sur l’avenir et l’unité
Lors de son discours d’investiture, Romuald Wadagni a d’abord salué l’héritage de son prédécesseur avant d’évoquer les promesses de campagne. Il a insisté sur deux priorités : « Une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle se traduit concrètement dans le quotidien des citoyens. » Il a aussi lancé un message aux jeunes Béninois : « Le Bénin croit en vous et vous offrira les opportunités pour réussir ici, sur place. »
Les défis immédiats : sécurité et diplomatie
Parmi les enjeux majeurs, la lutte contre les violences jihadistes dans le nord du pays, où les groupes armés recrutent activement parmi les populations locales. Le nouveau président a promis fermeté : « Le Bénin ne cédera ni à la peur ni à l’affaiblissement. L’État agira avec détermination face à toute menace contre notre cohésion et notre sécurité. » Il a également appelé à une coopération renforcée avec les pays voisins.
Sur le plan diplomatique, Romuald Wadagni, connu pour son francophilie, devra rétablir des relations apaisées avec les juntes souveraines du Sahel, notamment celle du Niger, qui accusent le Bénin de vouloir les déstabiliser. Une délégation nigérienne, menée par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, était présente à la cérémonie, signe d’une possible détente. Le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères.
Libertés publiques sous surveillance
Les premières mesures du nouveau président en matière de libertés publiques seront particulièrement observées. Son prédécesseur, Patrice Talon, est en effet critiqué pour son virage autoritaire, marqué par l’emprisonnement de plusieurs figures de l’opposition. Reporters sans frontières (RSF) a d’ailleurs appelé Romuald Wadagni à faire de la liberté de la presse une priorité et à libérer les journalistes emprisonnés.
Un mandat sans élection avant six ans
Le Bénin entre dans une période de stabilité électorale, avec une réforme constitutionnelle alignant tous les scrutins nationaux et locaux une fois tous les six ans. Une opportunité pour le nouveau président de se concentrer sur les réformes structurelles.
Un parcours marqué par l’expertise et l’héritage familial
Issu d’une famille d’intellectuels – son père, Nestor Wadagni, était un économiste renommé, et sa mère, entrepreneure –, Romuald Wadagni est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays, non loin du Togo. Proche de ses racines, il possède une exploitation agricole qu’il n’a jamais abandonnée.
Formé en finance à l’École supérieure de commerce de Grenoble (France) puis à Harvard (États-Unis), il a rejoint le cabinet Deloitte, où il est devenu associé et a piloté des opérations en Afrique. En 2016, Patrice Talon le nomme ministre de l’Économie et des Finances, une mission qu’il mène avec succès : le déficit public est réduit de deux tiers, et le Bénin lance d’ambitieux projets d’infrastructures. En 2021, il est promu ministre d’État, confirmant la confiance du président.
Une croissance économique saluée, mais des défis persistants
Sous sa direction, le Bénin a enregistré une croissance moyenne de plus de 6 % sur la dernière décennie, attirant les investisseurs internationaux. L’analyste politique Franck Kinninvo souligne : « Romuald Wadagni s’inscrira dans la continuité des réformes engagées. » Pourtant, gouverner ne se limite pas à la performance économique : la sécurité et les libertés publiques restent des dossiers sensibles.
Son entourage confirme que Patrice Talon l’a associé aux décisions sécuritaires majeures de ces dernières années, le désignant comme son successeur naturel. Soutenu par les deux principaux partis de la majorité et certains opposants, il est perçu comme un rassembleur. Pour ses partisans, sa discrétion est un atout : « Il incarne une nouvelle génération de dirigeants, plus pragmatique et moins encline aux discours creux. Pour nous, il représente l’efficacité », estime Lucien Fayomi, militant et soutien du président.