Sécurité et libre circulation au Mali : appel d’amnesty international

Crise au Mali : Amnesty International exige le respect de la libre circulation des civils

Alors que la capitale Bamako subit un blocus imposé par des groupes armés, des localités du centre et du nord du Mali subissent de plein fouet les conséquences des offensives du Jnim et du FLA. Ces attaques perturbent gravement la liberté de mouvement des populations, déjà fragilisées par des années de tensions.

Des passants circulent dans une rue à Bamako, au Mali, après des attaques contre des bases militaires

Blocus de Bamako : des conséquences humanitaires dramatiques

L’organisation Amnesty International a lancé un appel urgent aux jihadistes du Jnim pour qu’ils mettent fin au blocus imposé à Bamako depuis deux semaines. Ce siège paralyse les axes routiers vitaux pour l’approvisionnement de la capitale, dépendante à 90% des importations par la route. Le Mali, pays enclavé, subit de plein fouet cette asphyxie économique et humanitaire.

« Les restrictions actuelles à la libre circulation portent gravement atteinte aux droits fondamentaux des civils. Elles risquent d’aggraver les situations de précarité alimentaire, sanitaire et sécuritaire déjà critiques », déclare l’ONG dans son communiqué. Une attaque récente a ciblé un convoi de camions civils transportant des fruits entre Bamako et Bougouni, sans escorte militaire ni matériel suspect, confirmant les violations du droit international humanitaire.

Mali : hélicoptère survolant un convoi de camions-citernes sur la route nationale 7

Kidal sous contrôle rebelle : l’armée malienne annonce des frappes renforcées

De son côté, l’armée malienne a annoncé une intensification des frappes aériennes sur Kidal, ville désormais sous le contrôle des rebelles touareg du FLA et de leurs alliés du Jnim depuis fin avril. Les autorités militaires revendiquent des succès tactiques, tandis que les séparatistes affirment détenir 200 soldats maliens capturés lors des combats du 25 avril.

Une habitante de Kidal témoigne d’un quotidien marqué par des coupures d’électricité et des difficultés de communication, rendant les échanges avec le reste du pays quasi impossibles. Dans cette zone de tensions, la méfiance s’installe : « Les habitants ne savent plus à qui se fier face aux informations contradictoires », confie-t-elle.

Gao : méfiance et flambée des prix malgré le contrôle gouvernemental

À Gao, sous administration malienne, la population vit dans un climat de suspicion. Une riveraine explique : « On nous demande de nous fier aux communiqués officiels ». La crise a provoqué une hausse des prix, notamment pour les denrées de base : le kilogramme d’oignon a doublé en quelques semaines.

Selon Hervé Lankoandé Wendyam, analyste spécialiste des dynamiques ouest-africaines, « une stratégie de déstabilisation du Nord se profile. Les actions du Jnim dans le centre visent à escalader le conflit en s’emparant de zones urbaines ».

Centre du Mali : djihadistes en embuscade et écoles fermées

Des sources locales révèlent que des zones du centre, comme la rive gauche du fleuve Niger (région de Ségou) et une partie de Koulikoro, sont sous emprise djihadiste. Les autorités administratives y sont absentes, tandis que les groupes armés prélèvent des impôts religieux (zakat) et ferment les établissements scolaires. Fin janvier, plus de 2 300 écoles étaient fermées au Mali, principalement dans le Nord et le centre.

Abdoulaye Sounaye, chercheur sur les groupes armés au Sahel, analyse : « Les forces en présence semblent en phase d’observation et de réorganisation. L’armée malienne se prépare à une riposte, tandis que le Jnim et le FLA anticipent une escalade. Les civils, eux, subissent les exactions des deux côtés. »

Pour résoudre cette crise multidimensionnelle, plusieurs experts plaident pour un dialogue inclusif. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le Mali doit ouvrir un dialogue avec toutes les composantes du pays pour dépasser la crise par la négociation. Refuser le dialogue, c’est risquer une instabilité prolongée. »

Abdoulaye Sounaye ajoute : « Les parties en conflit seront tôt ou tard contraintes de s’asseoir autour d’une table pour trouver un compromis. »

Soldats du FLA entrant dans l'ancienne caserne de l'Africa Corps à Kidal

Pourtant, le gouvernement malien rejette toute négociation avec le FLA et le Jnim, qu’il qualifie de groupes terroristes. Ironiquement, des discussions secrètes avaient dû être menées pour assurer l’approvisionnement en carburant du pays, révélant une contradiction dans la position officielle.