Sénégal : 1311 milliards FCFA levés sur le marché régional de l’UEMOA

Le Sénégal a basculé vers le marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour combler son déficit de financement. En quatre mois, le Trésor public sénégalais a levé 1311,3 milliards de FCFA, un montant record qui illustre à la fois l’urgence budgétaire et l’impossibilité temporaire d’accéder aux marchés internationaux. Cette mobilisation massive sur le compartiment régional confirme la nécessité pour Dakar de se tourner vers des solutions alternatives, alors que les agences de notation maintiennent une évaluation défavorable de sa dette souveraine.

Un recours contraint aux investisseurs de la zone UEMOA

L’exclusion des eurobonds n’était pas une option, mais une conséquence directe des révélations sur la dette publique sénégalaise. Les chiffres révisés à la hausse ont rendu les emprunts en devises trop onéreux, poussant le ministère des Finances et du Budget à privilégier Umoa-Titres, l’organisme en charge des adjudications de titres publics pour les huit pays membres de l’Union. Ce virage stratégique a permis au Sénégal de maintenir un rythme d’émission soutenu, avec des levées atteignant près de 330 milliards de FCFA par mois.

En s’imposant comme l’un des principaux émetteurs de la zone, le Sénégal compense ainsi l’absence de financement international. Cependant, cette dépendance accrue au marché régional s’accompagne d’un coût financier bien plus élevé, reflétant une méfiance croissante des investisseurs locaux envers la signature souveraine du pays.

Des taux d’emprunt élevés, un frein à la souveraineté budgétaire

Les banques de l’UEMOA, principales souscriptrices des titres publics, répercutent la dégradation de la note du Sénégal sur les taux proposés. Moody’s et Standard & Poor’s ont successivement abaissé la note souveraine du pays, forçant le Trésor à offrir des rendements plus attractifs pour attirer les capitaux. Résultat : le Sénégal emprunte désormais plus cher que ses voisins comme la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Burkina Faso, à maturité équivalente.

Cette situation alourdit le coût du service de la dette intérieure et réduit la liquidité disponible pour les autres États membres. Les emprunts régionaux, autrefois équilibrés entre les pays, se concentrent désormais sur le Sénégal, au détriment du financement du secteur privé et des autres programmes souverains de la zone.

La crédibilité budgétaire, clé d’un retour aux marchés internationaux

À court terme, le marché régional de l’UEMOA permet de couvrir les besoins financiers immédiats du Sénégal, notamment pour honorer les échéances de 2025. Cependant, cette solution reste temporaire. Les autorités, dirigées par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, misent sur un rééquilibrage progressif des comptes publics pour restaurer la confiance des investisseurs étrangers. Un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) serait un levier essentiel pour rouvrir les marchés internationaux et sécuriser des financements en devises.

En attendant, le gouvernement maintient une stratégie de financement domestique, tout en limitant au maximum les risques liés aux taux élevés. La trésorerie est préservée, mais la marge de manœuvre reste étroite. La priorité absolue reste la restauration de la crédibilité budgétaire, sans laquelle aucun retour durable sur les marchés extérieurs ne sera possible.