Sénégal : la fin du tandem Diomaye-Sonko et les nouveaux défis du pouvoir
Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre marque un tournant définitif pour l’exécutif sénégalais. Ce divorce politique met fin à l’alliance symbolisée par le célèbre slogan « Diomaye mooy Sonko », qui avait scellé la victoire de Bassirou Diomaye Faye lors de la présidentielle de 2024.
Le décret n°2026-1128, acté ce 22 mai 2026, officialise une séparation qui couvait depuis plusieurs mois. Cette fusion entre deux personnalités et un projet commun porté par le PASTEF a fini par se heurter aux réalités de l’exercice du pouvoir. Des divergences profondes sur la conduite de l’économie, la gouvernance de l’État et la gestion interne du parti ont eu raison de cette collaboration historique.

Une confrontation inévitable au sommet de l’État
L’architecture institutionnelle du Sénégal, qui place le président de la République au sommet de la hiérarchie, semblait difficilement compatible avec la présence d’un Premier ministre agissant comme le mentor politique du chef de l’État. Cette dualité a créé des tensions permanentes entre la légitimité constitutionnelle de Bassirou Diomaye Faye et l’influence populaire massive d’Ousmane Sonko.
Dès l’élection de 2024, le scénario d’une crise était envisagé par certains observateurs. À l’époque, l’invalidation de la candidature de Sonko avait propulsé Diomaye Faye sur le devant de la scène, créant un déséquilibre originel. Bien que la Constitution accorde une prééminence au président, le poids politique du leader du PASTEF au sein de la mouvance présidentielle rendait la cohabitation complexe.
Certains analystes suggèrent qu’une répartition différente des rôles, comme la présidence de l’Assemblée nationale pour Sonko, aurait pu stabiliser le régime. Cependant, le choix de la Primature a conduit à une confrontation directe au cœur de l’exécutif, rendant la rupture quasi certaine à mesure que les ambitions pour 2029 commençaient à se dessiner.
L’ombre de la présidentielle de 2029

La dégradation des relations entre les deux hommes s’est manifestée par des prises de parole divergentes sur des sujets stratégiques. Le président avait d’ailleurs alerté contre la personnalisation excessive du pouvoir, un tacle à peine voilé envers son Premier ministre. En filigrane, la bataille pour le contrôle du récit politique en vue du prochain scrutin présidentiel a accéléré le divorce.
Pour les citoyens ayant cru en l’unité du duo, la déception est palpable. La promesse d’une gouvernance harmonieuse s’efface devant une lutte de positionnement. Diomaye Faye, en reprenant les rênes de l’exécutif, cherche à affirmer sa propre identité politique et à sortir de l’ombre de son ancien mentor.
Le risque d’un blocage parlementaire
Si le président dispose des outils institutionnels, Ousmane Sonko conserve un atout majeur : le contrôle de l’appareil du PASTEF. La majorité à l’Assemblée nationale, composée de 130 députés sur 165, reste largement fidèle à l’ancien Premier ministre. Cette situation fait peser une menace sérieuse sur la capacité du gouvernement à faire adopter ses réformes.

Le pays pourrait entrer dans une phase d’instabilité législative, où une partie du PASTEF se transformerait en opposition interne. Sans le bouclier que représentait Sonko face aux critiques populaires, Bassirou Diomaye Faye se retrouve désormais seul en première ligne face aux attentes sociales et économiques des Sénégalais.
Quels scénarios pour l’avenir ?
Désormais libre de ses mouvements, Ousmane Sonko pourrait adopter plusieurs stratégies :
- Se positionner comme le gardien du projet originel face à une dérive institutionnelle supposée.
- Préparer activement sa candidature pour 2029 en s’appuyant sur sa base militante.
- Provoquer une recomposition du paysage politique avec un pôle souverainiste radical.

De son côté, le président Faye doit rapidement nommer un nouveau gouvernement et structurer une coalition qui lui soit propre. L’éventualité d’une dissolution de l’Assemblée nationale en novembre prochain circule déjà. Ce serait alors un moment de clarification ultime : si le camp présidentiel échoue à obtenir une nouvelle majorité, le reste du mandat pourrait être marqué par une paralysie politique sans précédent.

Le divorce entre Diomaye et Sonko ouvre une zone d’incertitude majeure pour le Sénégal, alors que les défis économiques continuent de peser sur le quotidien des populations.