Sénégal : les investissements étrangers en chute libre, un potentiel inexploité
Avec une chute vertigineuse des investissements directs étrangers (IDE) à seulement 37 millions de dollars en 2025, contre une moyenne annuelle de trois milliards sur les quatre années précédentes, le Sénégal fait face à un paradoxe économique : un pays au potentiel indéniable mais dont l’attractivité semble s’effriter.
Une baisse conjoncturelle après un cycle d’investissements record
Cette baisse brutale des IDE s’explique en grande partie par l’achèvement des grands projets pétroliers et gaziers de Sangomar et Grand Tortue, qui avaient dopé les flux d’investissements ces dernières années. Désormais, la phase de production a pris le relais, marquant une transition naturelle vers une activité économique plus stable mais moins attractive pour les capitaux étrangers.
Pourtant, selon Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature et consultant indépendant, le potentiel du Sénégal reste intact. Il souligne : « Le pays pourrait attirer entre trois et cinq milliards de dollars d’investissements directs par an de manière structurelle, à condition de déployer une stratégie proactive de promotion économique. Actuellement, le pays manque cruellement d’un réseau efficace de promotion des investissements à l’international. Les roadshows organisés ne suffisent pas. Il faut passer à une approche offensive, inspirée de celle utilisée pour les titres d’État ou les obligations souveraines, mais adaptée aux investissements directs. »
Un problème de visibilité plutôt que d’endettement
Avec une dette publique représentant 132 % du PIB fin 2024, le Sénégal pourrait théoriquement effrayer les investisseurs. Pourtant, comme l’explique Justin Maria, directeur France d’Access Bank, cette dette n’est pas un frein en soi. Il compare la situation à celle de la France, dont la dette dépasse les 3 500 milliards d’euros sans pour autant décourager les investisseurs privés.
Pour lui, le vrai problème réside dans le manque de transparence et de prévisibilité. « Le Sénégal est perçu comme un pays risqué, non pas sur le long terme où ses fondamentaux restent solides, mais à court terme. L’absence de visibilité sur la santé des finances publiques et la disponibilité des liquidités bloque les investisseurs. »
Une opportunité à saisir dès 2026 ?
Malgré ce tableau en demi-teinte, Moubarak Lo reste optimiste. Il estime que le pays dispose d’une vingtaine de projets structurants qui pourraient relancer l’attractivité du Sénégal. « Il suffit d’identifier les cinq ou six entreprises clés au niveau mondial pour chaque projet, puis de les convaincre d’investir. Une telle approche pourrait permettre de redresser la barre dès cette année, ou au plus tard en 2027. »
Une stratégie qui contraste avec la tendance actuelle : en 2025, d’autres pays africains comme la Guinée ont attiré plus de 7,7 milliards de dollars d’IDE, selon les dernières données disponibles.