Dakar, capitale diplomatique africaine, a accueilli du 16 au 18 mai 2026 une assemblée parlementaire historique. La 32e édition de l’Assemblée régionale Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) n’a pas seulement été un rendez-vous protocolaire : elle a révélé une Afrique francophone en pleine mutation stratégique, déterminée à redéfinir son rôle dans un monde en recomposition.
Plus de deux cents parlementaires, présidents d’assemblées et représentants institutionnels originaires d’une trentaine de pays africains se sont retrouvés dans la capitale sénégalaise pour trois jours de débats intenses. L’enjeu ? Transformer une Francophonie traditionnelle en un outil d’influence politique et de souveraineté continentale face aux bouleversements géopolitiques actuels.
Entre crises sécuritaires au Sahel, tensions internationales croissantes et rivalités d’influence entre grandes puissances, les travaux de Dakar ont dépassé le cadre d’une simple réunion diplomatique. Ils ont posé une question essentielle : comment l’Afrique francophone peut-elle devenir un acteur incontournable du XXIe siècle ? Le thème central, « la Francophonie parlementaire face aux défis du développement durable et de la démocratie en Afrique », a servi de catalyseur à une réflexion plus large sur l’avenir politique et institutionnel du continent.
Le Sénégal trace la voie d’une souveraineté africaine
Parmi les interventions les plus marquantes, celle d’El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, a marqué les esprits. Dans un discours aux accents résolument politiques, il a plaidé pour une « souveraineté africaine assumée », portée par des institutions parlementaires fortes et capables de peser dans les décisions stratégiques.
Cette prise de position ne relève pas du hasard. Elle traduit l’émergence d’une nouvelle doctrine africaine, où la Francophonie ne se limite plus à un espace culturel ou linguistique, mais devient un levier de coopération économique, de stabilité politique et de défense des intérêts du continent. El Malick Ndiaye a ainsi appelé à une diplomatie parlementaire « plus offensive », capable de répondre aux crises du Sahel, aux pressions extérieures et aux défis géopolitiques mondiaux.
Les priorités identifiées lors de cette session sont claires : sécurité humaine, fiscalité des industries extractives, renforcement de la coopération administrative et contrôle démocratique rigoureux. Une vision qui place désormais les Parlements africains au cœur des réponses politiques continentales. L’Afrique francophone ne souhaite plus seulement participer aux débats : elle veut en façonner le contenu et en orienter les résultats.
Le Gabon s’affirme sur la scène africaine et internationale
La délégation gabonaise, menée par Michel Régis Onanga M. Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a également marqué les débats. Sa présence à Dakar s’inscrit dans une stratégie plus large de Libreville visant à renforcer son influence dans les instances internationales et à consolider sa place sur la scène africaine.
Le Gabon a profité de cette tribune pour défendre une réforme en profondeur de l’APF, afin d’adapter l’institution aux nouvelles attentes des peuples africains. Cette position s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation des institutions francophones, appelées à répondre aux défis contemporains avec plus d’efficacité et de pertinence.
Au-delà des discours, la participation gabonaise a illustré une volonté claire : celle de faire de la Francophonie parlementaire un espace où chaque État défend ses intérêts stratégiques. Après des décennies passées dans un cadre diplomatique traditionnel, la Francophonie devient désormais un terrain de compétition d’influence, où chaque nation cherche à imposer sa vision politique.
Une Francophonie en quête de refondation
Les débats de Dakar ont révélé une crise silencieuse au sein de la Francophonie institutionnelle. De nombreux responsables africains estiment que les structures héritées du passé ne correspondent plus aux réalités géopolitiques actuelles. Les revendications souverainistes, les aspirations démocratiques et les crises persistantes ont profondément transformé les attentes vis-à-vis des organisations internationales.
Le discours dominant n’est plus celui d’une simple solidarité linguistique, mais celui d’une coopération stratégique axée sur la sécurité, le développement économique, l’intégration régionale et la stabilité institutionnelle. Cette transformation marque un basculement intellectuel majeur au sein des élites politiques africaines francophones. Une nouvelle génération de dirigeants souhaite désormais construire des institutions capables de défendre les intérêts africains dans un monde devenu plus concurrentiel et plus conflictuel.
Dakar, symbole d’une Afrique en transition
En accueillant cette 32e Assemblée régionale Afrique, le Sénégal a confirmé son ambition de devenir l’un des pôles politiques majeurs de la nouvelle diplomatie africaine. Le pays, après une alternance politique historique en 2024, cherche à allier stabilité institutionnelle, affirmation souveraine et leadership régional.
Le choix de Dakar comme capitale de cette réflexion n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte où plusieurs pays africains redéfinissent leurs rapports avec les anciennes puissances d’influence. Au-delà des déclarations officielles, cette rencontre restera comme le symbole d’une Afrique francophone en pleine transition stratégique. Une Afrique qui renforce ses institutions, sécurise ses intérêts et impose une voix plus indépendante dans les grands équilibres internationaux.
La Francophonie parlementaire africaine entre ainsi dans une nouvelle phase de son histoire. Une phase où les questions de souveraineté, de gouvernance démocratique et de puissance politique deviennent centrales. À Dakar, les parlementaires africains ne se sont pas contentés de débattre de l’avenir de la Francophonie : ils ont commencé à redéfinir les contours d’une nouvelle ambition africaine.
