Services santé unifiés pour les communautés nomades au Tchad

Des soins accessibles aux familles nomades du Tchad grâce à une approche innovante

À Mandjafa, en périphérie de N’Djamena, la vie s’organise autour des troupeaux et des déplacements constants. C’est ici que Afia, mère de cinq enfants dont la petite Fatma, âgée de quatre mois, a fait le voyage pour bénéficier d’une journée de soins adaptés à son mode de vie nomade. Pour cette femme, chaque vaccin reçu est une promesse de santé pour sa famille : « Mes enfants tombent rarement malades depuis qu’ils sont vaccinés. Dès qu’ils ont de la fièvre, je les emmène sans hésiter au centre », confie-t-elle avec soulagement.

Une mobilité qui complique l’accès aux soins essentiels

Les communautés nomades, qui représentent près de 3,5 % de la population tchadienne, vivent souvent à l’écart des structures sanitaires classiques. Leur existence, rythmée par les déplacements saisonniers, rend les campagnes de vaccination ou de prévention difficiles à organiser. Pourtant, la santé de leurs enfants et du bétail, pilier de leur subsistance, dépend de ces interventions.

L’approche « One Health » : une réponse adaptée aux réalités pastorales

Face à ces défis, le Gouvernement tchadien a adopté l’approche « Une seule santé » (« One Health »), un modèle qui fusionne les secteurs de la santé humaine, de l’élevage, de l’environnement et de l’agriculture. Cette stratégie vise à fournir des services intégrés directement dans les campements, comme cela a été démontré lors d’une campagne organisée le 9 juin à Mandjafa. En une seule journée, 134 personnes, dont 11 enfants, ont été prises en charge, tandis que 96 animaux étaient vaccinés. Parmi les soins proposés : supplémentation en vitamine A, déparasitage, distribution de moustiquaires imprégnées et bien plus.

Le Pr Mahamat Béchir, coordonnateur national « One Health » au ministère de la Santé publique, explique cette démarche : « Dans les années 2000, nous avons réalisé que les communautés nomades étaient largement exclues des campagnes de vaccination classiques. Leur mode de vie exigeait une adaptation radicale de nos méthodes. »

Des campagnes qui profitent aux familles et à leurs troupeaux

L’un des grands atouts de cette approche réside dans son caractère intégré. Youssouf Idriss, éleveur établi près de Mandjafa, en témoigne : « Mes moutons, mes vaches et mes chameaux sont notre survie. Leur santé est aussi importante que celle de ma famille. » En associant soins vétérinaires et santé humaine, les équipes maximisent l’impact des interventions tout en limitant les déplacements des familles.

Raphaël Neni, agent vétérinaire au ministère de l’Élevage, observe depuis cinq ans les bénéfices concrets de cette collaboration : « Depuis que nous vaccinons davantage, certaines maladies animales ont reculé. Les éleveurs remarquent eux-mêmes les progrès. » Une avancée qui réduit aussi les risques de transmission entre animaux et humains, renforçant ainsi la sécurité sanitaire globale.

Une plateforme nationale pour une santé interconnectée

Au niveau national, la plateforme One Health coordonne les efforts des ministères de la Santé, de l’Élevage, de l’Environnement et de l’Agriculture. Son objectif ? Renforcer la prévention, la surveillance et la réponse aux menaces sanitaires, qu’elles soient zoonotiques, climatiques ou environnementales. « Les défis sanitaires ne peuvent plus être traités isolément. Une approche multisectorielle est indispensable pour protéger nos populations », souligne le Pr Béchir.

L’Organisation mondiale de la Santé accompagne cette initiative depuis des années, en soutenant notamment le renforcement de la plateforme, l’évaluation du Règlement sanitaire international et la mise en œuvre du Plan national de sécurité sanitaire. Le Dr Tamadji Mbaïhol, responsable de la vaccination de routine à l’OMS Tchad, travaille depuis près de vingt ans avec les communautés nomades : « Ces populations sont prêtes à se faire soigner, à condition que les services viennent à elles. Quand on adapte les interventions à leur rythme de vie, leur participation est massive. »

Cette capacité à regrouper plusieurs services en une seule intervention s’avère particulièrement précieuse dans les zones où les déplacements sont fréquents. Au fil des années, la collaboration entre ministères et partenaires techniques a permis de consolider cette dynamique : « L’appui de l’OMS a été déterminant pour faire avancer cette plateforme. Aujourd’hui, nous avançons ensemble sur des priorités communes en santé publique », précise le Pr Béchir.

Un modèle qui inspire et qui protège

Alors qu’Afia prépare son retour vers son campement avec sa fille Fatma, elle partage un conseil simple mais essentiel : « Quand un enfant tombe malade, il faut agir vite. Emmener bébé au centre de santé peut tout changer. » Une maxime qui résume l’esprit de cette approche : rapprocher les soins des populations, là où elles en ont le plus besoin.

À Mandjafa, l’approche One Health ne se contente pas de fournir des services intégrés. Elle tisse un filet de protection autour des familles nomades et de leur bétail, garantissant à la fois leur santé, leur sécurité alimentaire et leur résilience face aux aléas climatiques et sanitaires.