Stratégie post-alignement du Mali : souveraineté, partenariats et limites de la stabilisation
La stratégie post-alignement du Mali initiée sous le leadership du colonel Assimi Goïta après les coups d’État de 2020 et 2021 reflète une quête affichée de souveraineté nationale. Pourtant, cette approche, marquée par une réorientation géopolitique et sécuritaire, peine à résoudre les défis structurels du pays. Entre le rejet des partenaires occidentaux traditionnels, l’engagement avec des acteurs comme la Russie et les Émirats arabes unis, et la persistance des tensions internes, Bamako se retrouve dans une position de plus en plus fragile.
Une souveraineté revendiquée, mais des résultats limités
Depuis son accession au pouvoir, Assimi Goïta a présenté son gouvernement comme un rempart contre les ingérences étrangères, promettant de restaurer l’autorité de l’État et de lutter contre la corruption. Cette rhétorique souverainiste a séduit une partie de la population, lasse des décennies de crises sécuritaires et de gouvernance défaillante. Cependant, les promesses de réforme peinent à se concrétiser. Les élections, initialement prévues pour février 2022, ont été reportées à plusieurs reprises, officiellement pour des raisons techniques, avant d’être prolongées jusqu’en 2030. Cette dérive autoritaire, illustrée par la dissolution des partis politiques en mai 2025 au nom de l’ordre public, renforce les craintes d’un recul démocratique.
Des partenariats transactionnels sans stabilité durable
Pour compenser la perte de soutien des États-Unis et de la France, le Mali a diversifié ses alliances. La coopération avec la Russie, via le groupe Wagner devenu l’Africa Corps en juin 2025, a permis des avancées tactiques, comme la reprise de Kidal en 2023. Pourtant, ces partenariats restent dominés par des logiques opportunistes. Les Émirats arabes unis, bien qu’ils condamnent publiquement les coups d’État, soutiennent discrètement certains régimes de la région, révélant une approche pragmatique où les principes s’effacent devant les intérêts stratégiques.
Les groupes armés comme JNIM et ISIS-Sahel continuent de prospérer, exploitant les faiblesses étatiques et les frustrations socio-économiques. Malgré les engagements affichés contre le terrorisme, l’insécurité persiste, notamment dans les zones rurales marginalisées. L’économie malienne, malgré quelques annonces, reste stagnante, avec un indice de développement humain parmi les plus bas au monde (188e sur 193 pays).
Un pays tiraillé entre les rivalités extérieures
Le Mali est désormais un terrain d’affrontement indirect entre grandes puissances. L’Ukraine, via des soutiens en drones et renseignement, a joué un rôle controversé dans des opérations contre des groupes liés à la Russie. En juillet 2024, un incident près de Tin Zaouatine a conduit Bamako à rompre ses relations avec Kiev, illustrant l’enchevêtrement des conflits globaux dans la région. Parallèlement, les tensions en Ukraine et au Moyen-Orient affectent l’économie malienne, déjà fragile, en faisant flamber les prix des denrées essentielles.
Quel avenir pour le Mali ?
La stratégie post-alignement du Mali, bien que flexible, ne résout pas ses problèmes fondamentaux : insécurité chronique, gouvernance défaillante et inégalités économiques. Les partenariats actuels, fondés sur des échanges transactionnels, risquent d’aggraver la dépendance du pays tout en ne garantissant pas la stabilité à long terme. Sans réformes profondes, le Mali pourrait voir son instabilité s’étendre vers les pays voisins du Golfe de Guinée, avec des répercussions régionales majeures.
La solution passe par une réforme institutionnelle, une reconstruction de la confiance entre l’État et les citoyens, et une politique étrangère équilibrée qui ne sacrifie pas les intérêts nationaux à court terme. L’histoire récente montre que les alliances opportunistes, sans vision stratégique, ne suffisent pas à assurer la paix ni la prospérité.