Tchad 2025 : droits humains en recul sous la présidence de mahamat idriss déby
Tchad 2025 : droits humains en recul sous la présidence de mahamat idriss déby
En 2025, le Tchad a connu une dégradation marquée de la situation des droits humains, sous l’impulsion des réformes institutionnelles et des tensions politiques internes. Le président Mahamat Idriss Déby, réélu en 2024 malgré des irrégularités dénoncées par l’opposition, a renforcé son emprise sur le pouvoir grâce à des changements constitutionnels controversés.
concentration du pouvoir et répression politique
Les amendements constitutionnels adoptés en 2025 ont supprimé la limite des mandats présidentiels et allongé leur durée de cinq à sept ans. Ces modifications, approuvées par l’Assemblée nationale à une large majorité, permettent à Mahamat Idriss Déby de se maintenir indéfiniment au pouvoir, sous réserve d’élections périodiques. Ce processus, boycotté par l’opposition, a concentré les pouvoirs exécutif et législatif entre ses mains, réduisant considérablement les contre-pouvoirs.
La répression des voix dissidentes s’est intensifiée. Succès Masra, leader du parti d’opposition Les Transformateurs, a été arrêté en mai 2025 dans la capitale, N’Djamena, et condamné à vingt ans de prison pour des accusations liées à des violences intercommunautaires. Son procès, jugé expéditif, a été critiqué pour son manque de transparence et son non-respect de l’accord de Kinshasa de 2023, qui devait garantir sa liberté et celle de ses soutiens. D’autres membres de son parti et des journalistes ont également subi intimidations et emprisonnements arbitraires.
violences intercommunautaires et crise humanitaire
Les conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires ont persisté en 2025, notamment dans le sud et l’est du pays. Le village de Mandakao (Logone-Occidental) a été le théâtre d’affrontements meurtriers en mai, faisant 41 morts et six blessés. Des litiges fonciers non résolus et l’absence de titres de propriété clairs ont exacerbé ces tensions, tout comme la pression démographique et les changements climatiques.
D’autres incidents violents ont été signalés, comme à Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest) en juin, où des attaques à la machette ont causé la mort de 17 personnes, dont des femmes et des enfants, ou encore à Molou (Ouaddaï) en juin, où des affrontements intertribaux ont fait une vingtaine de morts. Ces violences, couplées aux déplacements massifs de populations fuyant le conflit au Soudan et aux inondations de fin 2024, ont mis à rude épreuve les capacités d’aide humanitaire du Tchad.
impact des inondations et insécurité alimentaire
Les inondations survenues fin 2024 et début 2025 ont touché de plein fouet le Tchad, aggravant une insécurité alimentaire déjà précaire. Le pays a été l’un des plus affectés de la région, avec des milliers de hectares de terres agricoles détruits et des milliers de personnes déplacées. La conjugaison des crises climatiques, des violences et des tensions politiques a plongé une partie de la population dans une précarité accrue.
justice et réparations : un bilan mitigé
Les réparations pour les victimes des exactions commises sous le régime de l’ancien président Hissène Habré ont connu des avancées limitées. En 2024, des versements partiels avaient été effectués, mais ceux-ci ne couvraient qu’une infime partie des montants ordonnés par la justice. En 2025, peu de progrès ont été réalisés, laissant de nombreuses victimes sans réparation.
Par ailleurs, les enquêtes sur les violences post-électorales de 2024, qui avaient causé la mort d’au moins 11 personnes, n’ont toujours pas abouti. Aucune poursuite n’a été engagée contre les responsables, malgré les appels répétés à la justice. La mort de Yaya Dillo, leader de l’opposition, lors d’une opération des forces de sécurité avant l’élection de 2024, n’a pas non plus fait l’objet d’une enquête transparente.
libertés individuelles et restrictions
La liberté d’expression et la dissidence ont été sévèrement restreintes. Plusieurs journalistes, dont Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, ont été arrêtés et inculpés d’espionnage et d’atteinte à la sûreté de l’État pour leurs liens présumés avec le groupe Wagner. Leur détention prolongée, sans procès équitable, a soulevé des questions sur le respect des normes internationales.
En septembre 2025, deux figures de la société civile, Makaila Nguebla et Charfadine Galmaye Saleh, ont été déchues de leur nationalité tchadienne par décret ministériel, les contraignant à l’exil. Ces mesures, ciblant des activistes et un ancien conseiller en droits humains, illustrent la volonté des autorités de museler toute opposition.
discrimination et orientation sexuelle
Le Code pénal tchadien, notamment son article 354, criminalise les relations homosexuelles, prévoyant jusqu’à deux ans d’emprisonnement et des amendes pour les personnes condamnées. Cette législation, héritée d’un passé colonial, perpétue une discrimination systémique envers les personnes LGBTQ+, limitant leurs droits fondamentaux et exposant la communauté à des persécutions.