Tchad : comment la gestion de l’eau devient un instrument de pouvoir

Tchad : comment la gestion de l’eau devient un instrument de pouvoir

L’accès à l’eau potable reste une lutte quotidienne pour des milliers de Tchadiens, révélant les failles d’un système qui privilégie le spectacle politique à l’action concrète.

Tchad : comment la gestion de l'eau devient un instrument de pouvoir

Depuis plus de trois décennies, le Tchad semble prisonnier d’un cycle sans fin. Les crises se répètent, les dirigeants se succèdent, mais les solutions durables restent introuvables. Les conflits pour l’accès à l’eau ou aux terres, loin d’être résolus, sont transformés en véritables spectacles politiques. Au lieu de mettre en place des mécanismes de résolution efficaces, les autorités préfèrent déployer des moyens disproportionnés pour des médiations éphémères. Pendant ce temps, les populations continuent de payer le prix fort.

Le théâtre de la médiation : une stratégie de diversion

Dès qu’un conflit éclate pour un puits ou un pâturage, l’État réagit avec une mise en scène soigneusement orchestrée. Des convois officiels, des rencontres protocolaires et des déclarations grandiloquentes envahissent les médias. Pourtant, une fois les caméras éteintes et les véhicules repartis, les problèmes persistent. Ce système coûte des fortunes : un seul déplacement présidentiel ou une mission de pacification superflue engloutit des budgets colossaux. Ces fonds pourraient pourtant servir à creuser des puits modernes ou à développer des infrastructures hydrauliques, offrant une solution définitive aux populations. Mais maintenir l’instabilité permet de justifier une présence permanente au pouvoir.

Une justice asphyxiée, un État en déroute

Dans un pays où l’État de droit devrait primer, la justice est délibérément affaiblie. Les tribunaux, censés trancher les litiges, sont réduits au silence par des interventions politiques répétées. En refusant d’assurer une justice indépendante, les dirigeants transforment chaque différend en une source de tensions. Les citoyens, privés de recours légaux, n’ont d’autre choix que de recourir à des solutions radicales. Ainsi, mourir pour un accès à l’eau n’est pas une fatalité inévitable, mais le résultat d’un choix politique délibéré. Le Tchad pourrait être un pays prospère, unifié et stable, mais il préfère gérer des crises plutôt que de construire un avenir stable pour ses habitants.