Tchad : un million de vies soudanaises suspendues à l’aide humanitaire

Une crise humanitaire majeure aux portes du Soudan

Plus d’un million de réfugiés ayant fui le conflit au Soudan pour trouver refuge au Tchad sont confrontés à une situation critique. Des agences des Nations Unies lancent un avertissement sévère : sans un financement d’urgence, des réductions drastiques et potentiellement fatales de l’aide en nourriture, eau, abris et soins de santé sont imminentes, alors que la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) soulignent qu’ils ne disposent même pas de la moitié des fonds requis pour couvrir les besoins essentiels. Un déficit de financement colossal de 428 millions de dollars – 289 millions pour le HCR et 139 millions pour le PAM – menace directement la survie de ces populations vulnérables.

Le Tchad, un pays d’accueil sous une pression immense

Directement affecté par les répercussions de la guerre au Soudan, le Tchad accueille aujourd’hui 1,3 million de réfugiés soudanais, dont plus de 900 000 sont arrivés depuis 2023. Dans ce pays, une personne sur treize est désormais un réfugié, une proportion qui atteint une sur trois dans les régions de l’est.

Malgré cette charge écrasante sur des ressources nationales déjà très limitées, le gouvernement tchadien garde ses frontières ouvertes. Les communautés locales continuent d’accueillir les nouveaux arrivants, avec près de 15 000 personnes supplémentaires depuis janvier 2026, faisant preuve d’une solidarité remarquable.

Des réfugiés recevant une aide alimentaire du PAM à Adre, au Tchad, en mars 2026.

Seulement 4 réfugiés sur 10 reçoivent une assistance de base

Les conséquences de ce manque de moyens sont déjà dramatiques sur le terrain. Le HCR ne peut fournir une aide de base qu’à quatre réfugiés sur dix, laissant des centaines de milliers de personnes avec un accès très restreint à l’eau potable, à un logement et aux soins de santé essentiels.

« Ce que nous observons dans l’est du Tchad illustre le coût humain des insuffisances de financement », a déclaré Patrice Ahouansou, Représentant du HCR au Tchad. Environ 80 000 familles sont sans abri et, dans certaines zones, les réfugiés doivent survivre avec moins de la moitié de la quantité d’eau minimale requise par jour. Les centres de santé sont débordés et les services éducatifs sont saturés, avec des classes comptant parfois plus de 100 élèves.

De plus, plus de 243 000 personnes sont bloquées dans les zones frontalières, car les fonds manquent pour les déplacer vers des sites plus sécurisés à l’intérieur du pays. Ces familles vivent à la belle étoile ou dans des abris de fortune, vulnérables aux maladies et aux conditions climatiques extrêmes.

Un jeune enfant africain nommé Naba est montré en train de consommer des compléments alimentaires nutritionnels à Adré, Ouaddai, Tchad. Elle est tenue par les mains d'un adulte et sourit tout en mangeant le sachet de nourriture.

Une aide vitale déjà réduite

Le manque de financement affecte directement l’aide alimentaire. Le PAM, qui soutient plus d’un million de personnes, a déjà été forcé de réduire de moitié les rations pour la plupart des réfugiés. L’agence onusienne précise que « les femmes et les jeunes enfants en subissent les conséquences de manière disproportionnée et immédiate ».

Même si des efforts sont faits pour développer des solutions durables, l’aide d’urgence demeure indispensable. « Avec moins de la moitié des ressources dont nous avons besoin, nous ne pouvons pas fournir une aide alimentaire suffisante », regrette Sarah Gordon-Gibson, directrice du PAM au Tchad. « Cela contraindra les familles à adopter des stratégies d’adaptation dévastatrices qui mettront des vies en danger ».

Un membre du personnel du PAM verse du sorgho dans un bol lors d'une distribution d'aide alimentaire à Adré, au Tchad. Des réfugiés soudanais attendent de recevoir une aide alimentaire.

Un appel urgent à la solidarité internationale

Les Nations Unies sont claires : sans un soutien immédiat, la situation est vouée à une détérioration rapide. « Sans un soutien urgent des donateurs, cette année sera marquée par des coupes budgétaires plus importantes, des conditions de vie encore plus difficiles et des souffrances accrues pour des familles qui ont déjà fui la guerre ».

Tout en remerciant les donateurs actuels pour leur générosité, le HCR et le PAM appellent à une mobilisation internationale urgente pour les six prochains mois. « L’ouverture continue du Tchad doit être accompagnée, dès à présent, d’un partage équitable de la responsabilité internationale, avant que la situation ne se détériore davantage ».