Les autorités béninoises ont annoncé dimanche avoir neutralisé une tentative de coup d’État visant à renverser le président Patrice Talon. Ce dernier a affirmé que la situation était «totalement sous contrôle», tandis que la CEDEAO a annoncé l’envoi d’un soutien militaire pour renforcer la stabilité du pays.
Cette crise survient à quelques mois de la fin du second mandat de Patrice Talon, dont le départ est prévu en 2026. Le Bénin, reconnu pour sa croissance économique, fait face à des défis sécuritaires majeurs dans sa région nord, où les violences djihadistes persistent.
L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique marquée ces dernières années, avec des coups d’État au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée et plus récemment en Guinée-Bissau, pays limitrophe du Bénin. Ces événements ont accru les tensions dans la sous-région.
Dès dimanche matin, des militaires ont fait irruption à la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Talon, évoquant une «dégradation de la situation sécuritaire» et des atteintes aux «libertés fondamentales». Quelques heures plus tard, le ministre béninois de l’Intérieur, Alassane Seidou, a confirmé le échec de cette tentative de putsch.
Le président Talon a réagi dans une allocution télévisée, déclarant que la sécurité et l’ordre public étaient «maintenus partout sur le territoire». Il a également promis que «cette forfaiture ne restera pas impunie», saluant au passage les forces de la garde républicaine.
Les habitants de Cotonou, la capitale économique, ont vécu une journée marquée par des tirs près de la présidence et l’installation de barrages militaires. Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans, a expliqué à l’AFP : «Ce soir, on va essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui est à l’origine de ce coup d’État».
Nabil Sacca, un vendeur d’essence, a partagé son inquiétude : «Ce matin j’ai entendu des coups de feu. J’ai quitté mon quartier par peur».
Soutien militaire de la CEDEAO et réactions internationales
Selon des sources sécuritaires, une douzaine de soldats ont été arrêtés, dont certains impliqués dans la tentative de putsch. Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, suspecté d’être l’instigateur des mutins, n’a pas été clairement identifié parmi les détenus.
En fin de journée, l’aviation nigériane a mené des frappes aériennes à Cotonou, «en coordination avec les protocoles de la CEDEAO», selon le général Ehimen Ejodamen. Cette intervention s’inscrit dans le cadre d’un déploiement immédiat de troupes venues du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana.
La CEDEAO a précisé que ces forces avaient pour mission de soutenir le gouvernement béninois et de «préserver l’ordre constitutionnel». La Force en attente de la CEDEAO, déjà déployée en Gambie en 2017, a pour mandat de garantir la paix et la stabilité régionale.
L’Union africaine a également condamné fermement cette tentative de coup d’État, réaffirmant son opposition à toute prise de pouvoir par la force sur le continent.
Le dernier coup d’État au Bénin remonte à 1972. Rémy Agblo, un commerçant, a confié : «Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu à l’époque. Heureusement que cela a été déjoué».
Contexte politique et tensions électorales
Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution. Son dauphin désigné, Romuald Wadagni, actuel ministre des Finances, est considéré comme le favori pour l’élection présidentielle d’avril 2026. Toutefois, l’opposition dénonce une «exclusion» de certains acteurs du processus électoral.
Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou, a souligné : «Il y a une tension palpable depuis des mois en raison des élections». Bien que salué pour ses avancées économiques, Patrice Talon est critiqué par ses détracteurs pour son virage autoritaire dans un pays autrefois emblématique de la démocratie en Afrique de l’Ouest.
