Tragédie à Kokoloko : une frappe de drone nigérienne fait 17 victimes civiles

Le 6 janvier 2026, une opération aérienne menée par l’armée du Niger a tourné au drame dans le village de Kokoloko. Une frappe de drone, visant initialement des cibles terroristes, a percuté un marché très fréquenté, causant la mort d’au moins 17 civils, dont quatre jeunes enfants. Selon les données recueillies, 13 autres personnes ont été grièvement blessées lors de cette attaque qui pourrait être qualifiée de crime de guerre en raison de son caractère indiscriminé.

Un carnage sur le marché de Kokoloko

Le village de Kokoloko, situé dans la région de Tillabéri à proximité de la frontière avec le Burkina Faso, est depuis longtemps sous la pression de l’État islamique au Sahel (EIS). Le jour du drame, vers 13 h 30, alors que des centaines de commerçants et de clients se pressaient entre les étals, un drone a largué une munition explosive.

Des témoins oculaires rapportent avoir vu l’engin survoler la zone à deux reprises avant l’explosion. « Le marché était rempli de femmes vendant de la nourriture et de leurs enfants », confie un survivant. Si trois combattants de l’EIS ont péri dans l’attaque, le bilan humain chez les non-combattants est lourd : des corps carbonisés et déchiquetés, rendant l’identification particulièrement difficile pour les familles.

Silence radio de la junte au pouvoir au Niger

Malgré la gravité des faits, la junte militaire qui dirige le Niger depuis le coup d’État de juillet 2023 n’a émis aucune déclaration officielle. Les sollicitations visant à obtenir des éclaircissements sur cette opération sont restées sans réponse. Pourtant, l’utilisation de drones de fabrication turque, tels que le Bayraktar TB-2 ou l’Aksungur, est devenue fréquente dans les opérations de surveillance et de frappe menées par les forces nigériennes.

Les experts soulignent que le droit de la guerre impose une distinction stricte entre cibles militaires et populations civiles. En frappant un lieu public bondé, l’armée nigérienne s’expose à des accusations de violations graves du droit international humanitaire.

Conséquences humanitaires et exode vers le Mali

L’impact de cette frappe dépasse les pertes humaines immédiates. Près de 1 200 habitants de Kokoloko ont abandonné leurs foyers par crainte de nouvelles attaques. Ce déplacement massif a conduit de nombreuses familles à traverser la frontière pour se réfugier au Mali, souvent dans un dénuement total.

La région de Tillabéri reste l’épicentre de la violence au Sahel, où les civils sont pris en étau entre les groupes armés comme le GSIM (lié à Al-Qaïda) et les interventions aéro-terrestres des forces régulières. Les organisations de défense des droits humains réclament désormais une enquête indépendante, la poursuite des responsables et une indemnisation juste pour les victimes de cette bavure militaire.