Uranium au Niger : le conflit juridique entre Niamey et Orano paralyse l’exportation

Un bras de fer majeur est en cours au Niger autour de l’exploitation de l’uranium, opposant le régime militaire en place depuis juillet 2023 au groupe français Orano. Ce dossier est emblématique des nouvelles dynamiques de la politique au Sahel, où des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, regroupés dans l’Alliance des États du Sahel (AES), affirment leur volonté de souveraineté.
Dans cette optique, le gouvernement du général Abdourahamane Tiani a procédé en juin 2025 à la nationalisation de la Somaïr, une filiale d’Orano. Niamey a ensuite fait part de son intention de commercialiser directement son uranium sur le marché mondial. En réaction, Orano a engagé une contre-offensive judiciaire pour s’opposer à ces décisions.
Blocage des ventes et bataille juridique
Ces actions en justice sont perçues par Niamey comme des entraves. Le colonel Ousmane Abarchi, ministre des Mines, a qualifié la situation de « quasiment un harcèlement judiciaire » lors d’une intervention télévisée. Il a précisé que le pays est dans l’incapacité d’exporter un stock de plus de 1 800 tonnes de concentré d’uranium, ou yellow cake, produit à la Somaïr depuis 2023 et dont la valeur est estimée à 380 millions de dollars. « Nous n’avons encore rien vendu », a-t-il déploré.
Le ministre a expliqué qu’Orano avait lancé « au moins une dizaine de procédures » contre l’État nigérien. Celles-ci visent à contester la prise de contrôle de la Somaïr par l’État et la légalité du retrait du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren en 2024.
De son côté, le groupe Orano confirme avoir initié quatre procédures d’arbitrage. L’une d’entre elles aurait abouti à une décision interdisant aux autorités nigériennes de disposer des stocks d’uranium de la Somaïr.
Des positions qui semblent irréconciliables
Cette incertitude juridique freine les acheteurs potentiels. Selon Ousmane Abarchi, bien que « certaines sociétés et certains pays » aient manifesté leur intérêt, les questions d’arbitrage constituent un obstacle majeur. Il a néanmoins affirmé que des discussions étaient en cours avec des acquéreurs « sérieux ».
Le ministre a par ailleurs indiqué que les autorités du Niger n’avaient « pas été saisies officiellement » d’une quelconque proposition de dialogue de la part d’Orano, malgré l’intention affichée par le groupe en février. Pour sa part, le général Abdourahamane Tiani s’était montré disposé à céder à la France le stock d’uranium présent sur le site de la Somaïr lors de sa prise de pouvoir, qu’il évalue à une centaine de tonnes. Il a cependant martelé : « Tout ce qui a été produit par la suite est nigérien et le restera ».