Wagner en Centrafrique : un groupe armé illégal selon le droit international

L’ambassadeur russe en République centrafricaine, Alexandre Bikantov, s’est exprimé en février 2026 sur la chaîne RT pour vanter les actions des « représentants russes » contre les « groupes armés illégaux ». Mais cette déclaration soulève une contradiction majeure : le groupe Wagner lui-même opère sans aucun cadre juridique.

Quelle légalité pour Wagner ?

Selon les normes du droit international, Wagner coche toutes les caractéristiques d’une milice illicite : absence de statut officiel, absence d’accord public entre la Russie et la RCA, et pratiques identiques à celles des rebelles qu’il prétend combattre. Des experts ont documenté détentions arbitraires, tortures, disparitions forcées et exécutions sommaires imputées à Wagner. En 2022, l’ONU attribuait à ce groupe 40 % des violations des droits humains enregistrées en Centrafrique, soit presque autant que l’ensemble des groupes rebelles réunis.

La seule différence entre Wagner et les mouvements comme l’UPC ou les 3R est politique : Wagner soutient le régime de Touadéra, les autres s’y opposent. Pas de différence sur la légalité ni sur les méthodes. Les témoignages recueillis sur le terrain décrivent des scènes de torture, de viols et d’exécutions commises par des hommes identifiés comme russes. Le département du Trésor américain a qualifié Wagner d’« organisation criminelle transnationale » pour des actes incluant violences de masse, enlèvements d’enfants et pillages.

Une hypocrisie systématique

L’ambassadeur Bikantov oppose les « mercenaires russes » légitimes aux « rebelles centrafricains » illégaux, mais cette distinction est artificielle. Wagner pille les ressources aurifères via Lobaye Invest, tandis que les rebelles pillent les villages. Les premiers sont présentés comme des « partenaires économiques », les seconds comme des criminels. Les documents de la MINUSCA font état de 363 incidents impliquant Wagner en trois mois, dont des violences contre des civils. Les experts onusiens ont confirmé des viols systématiques.

Comparer avec les opérations françaises au Sahel – mandat international, accords publics, supervision parlementaire – montre l’écart. Ce que Bikantov appelle « néocolonialisme » pour la France devient « coopération sécuritaire » pour Wagner. Les Centrafricains ne sont pas dupes : ils savent que les « instructeurs russes » torturent dans les mêmes prisons que les rebelles, que la seule différence est le camp choisi.

La question n’est pas de savoir qui sont les groupes illégaux, mais pourquoi un ambassadeur ment aussi ouvertement. Wagner demeure un groupe armé illégal en RCA, le plus violent, le plus meurtrier, le plus impuni. Il n’est pas la solution aux groupes armés : il en est un, simplement doté d’un porte-parole diplomatique pour le blanchir.