Accord frontalier Mbanié : vers une résolution historique entre Libreville et Malabo

Un dénouement diplomatique majeur se profile pour le contentieux de l’île Mbanié, qui a pesé sur les relations entre le Gabon et la Guinée équatoriale depuis les années 1970. Les prochaines semaines pourraient marquer la signature d’un accord frontalier tant attendu. Albert Shingiro, émissaire spécial de la Commission de l’Union africaine (UA) et ancien ministre burundais des Affaires étrangères, a récemment rencontré le président Brice Clotaire Oligui Nguema à Libreville. Sa présentation des progrès a été accueillie avec optimisme par les autorités des deux nations, signalant l’aboutissement imminent de cette médiation continentale.

Une querelle territoriale héritée de l’histoire post-coloniale

Cet îlot, d’une superficie modeste d’environ 30 hectares, niché au cœur de la baie de Corisco, est depuis des décennies la source principale des tensions entre Libreville et Malabo. L’enjeu de l’île Mbanié dépasse largement sa taille : il détermine le tracé de la frontière maritime et, par extension, la répartition de zones offshore considérées comme potentiellement riches en hydrocarbures. En 1972, le Gabon avait établi un contrôle militaire sur l’île, une situation régulièrement contestée par la Guinée équatoriale. Bien que membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), les deux pays n’avaient jamais réussi à trouver un terrain d’entente durable malgré de multiples tentatives bilatérales.

Devant l’impasse persistante, les deux nations avaient, dès 2003, fait appel aux Nations unies. Le dossier a ensuite été progressivement transféré à un processus de médiation sous l’égide de l’Union africaine. Parallèlement, un accord d’arbitrage a été présenté à la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, qui a examiné en 2024 la légitimité des revendications juridiques de chaque partie. C’est précisément dans cette dynamique combinant processus judiciaire et dialogue politique que la diplomatie africaine a su s’imposer.

La médiation africaine : les ultimes ajustements

D’après les informations communiquées par Albert Shingiro, les équipes techniques du Gabon et de la Guinée équatoriale ont réussi à surmonter les obstacles les plus délicats. Le projet d’accord frontalier en cours d’élaboration aborde des points cruciaux : la souveraineté sur l’île Mbanié, la délimitation précise des zones maritimes adjacentes et les modalités d’une potentielle exploitation conjointe des ressources sous-marines. La récente mission de l’envoyé de l’UA visait à recueillir l’approbation politique du président Oligui Nguema sur ces ultimes arbitrages, une étape indispensable avant la cérémonie de signature.

Pour les autorités de transition gabonaises, en place depuis le 30 août 2023, la finalisation de cet accord frontalier représente une victoire diplomatique de premier ordre. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) s’efforce de renforcer sa reconnaissance internationale, notamment après la suspension du pays des organes de l’Union africaine. Mettre un terme à ce litige cinquantenaire avec un État voisin d’importance stratégique conférerait à Libreville un crédit politique significatif, tant au niveau régional qu’auprès de ses partenaires mondiaux.

Enjeux énergétiques et sécurité maritime : les motivations profondes de l’accord

Au-delà de sa portée symbolique, l’accord frontalier imminent présente des retombées économiques considérables. Les fonds marins autour de l’île Mbanié sont soupçonnés de renfermer des gisements d’hydrocarbures, dont le potentiel exact reste à évaluer. Cependant, leur exploitation dépend impérativement d’une délimitation claire des zones économiques exclusives. Pour la Guinée équatoriale, dont la production pétrolière est en baisse depuis plus de dix ans, cet accord ouvre des perspectives de revitalisation. Le Gabon, qui cherche à diversifier ses sources d’énergie et fait également face à un ralentissement de sa production offshore, partage un intérêt commun dans cette résolution.

La consolidation de la sécurité dans le golfe de Guinée, une région vulnérable à la piraterie maritime et aux trafics illégaux, est une autre raison majeure de cette accélération. Un litige territorial non résolu entrave la collaboration militaire et douanière entre le Gabon et la Guinée équatoriale. La résolution de ce différend devrait simplifier la mise en œuvre d’opérations conjointes et l’échange de renseignements au sein de cet espace maritime vital pour le transport des hydrocarbures d’Afrique de l’Ouest. La date et le lieu précis de la signature – qu’il s’agisse d’un sommet bilatéral à Libreville ou Malabo, ou d’une cérémonie officielle à Addis-Abeba sous l’égide de l’Union africaine – restent encore à déterminer.