Afrique : quatre pays leaders du cacao unissent leurs forces pour booster la transformation locale

En bref

  • Alliance historique : Quatre géants africains du cacao, couvrant plus de 60 % de la production mondiale, officialisent leur coopération à Abuja
  • Stratégie commune : Fin de l’exportation de fèves brutes, priorité à la transformation locale
  • Défis réglementaires : Coordination contre le règlement européen sur la déforestation, applicable fin 2026
  • Investissement concret : Une usine nigériane de 70 000 tonnes prévue pour 2027

La Déclaration d’Abuja, signée sous le soleil nigérian, scelle une alliance inédite entre le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria. Ces États, qui dominent ensemble le marché mondial du cacao avec plus de soixante pour cent de la production, marquent un tournant décisif : privilégier la transformation locale plutôt que l’exportation de matières premières. Une stratégie ambitieuse pour capter davantage de valeur et renforcer la souveraineté économique de la région.

Un marché mieux défendu par l’union des producteurs

Le sommet « From Bean to Brand », organisé à l’initiative du Nigeria, a rassemblé les acteurs clés des quatre pays. L’objectif ? Créer un front commun face aux multinationales et aux acheteurs internationaux. Le ministre nigérian John Owan Enoh a piloté les discussions, tandis que les représentants du Ghana Cocoa Board et du Conseil du Café-Cacao ivoirien ont apporté leur expertise technique. Leur présence souligne une volonté de passer des déclarations politiques à une coordination opérationnelle.

En s’unissant, ces pays visent à harmoniser leurs normes, mutualiser leurs ressources et négocier en bloc. Une approche qui pourrait redonner du poids aux producteurs face aux géants de l’industrie chocolatière, souvent accusés de dicter les prix et les conditions.

L’UEDR : un défi à relever ensemble

La réglementation européenne sur la déforestation (EUDR), entrée en vigueur le 30 décembre 2026, impose des contraintes strictes aux importateurs. Les pays membres de l’Alliance d’Abuja comptent bien défendre leurs intérêts. Leur stratégie : exiger la reconnaissance de leurs systèmes de traçabilité nationaux et éviter que les coûts de conformité ne pèsent sur les petits producteurs.

En négociant collectivement, ces États espèrent obtenir des aménagements ou des délais pour éviter une exclusion brutale du marché européen. Une question cruciale, alors que de nombreux petits exploitants pourraient être incapables de financer les adaptations nécessaires.

Vers une filière cacao 100 % africaine

L’Alliance d’Abuja ambitionne de transformer radicalement le modèle économique de la filière. Exit l’exportation massive de fèves brutes : place à la production locale de beurre de cacao, de poudre ou de chocolat. Un projet phare a été dévoilé : une usine de transformation de 70 000 tonnes, située à Sagamu dans l’État d’Ogun au Nigeria, prévue pour 2027. Porté par Sunbeth Global Concepts, ce site symbolise l’engagement concret des pays membres.

Parallèlement, le Nigeria a annoncé des mesures nationales pour accélérer sa propre transformation. Le pays, quatrième producteur africain, cherche à combler son retard face à la Côte d’Ivoire et au Ghana, qui disposent déjà d’infrastructures de broyage bien établies.

La Côte d’Ivoire, leader mondial, fait le pari de l’alliance

Avec près de 40 % de la production mondiale, la Côte d’Ivoire est le cœur battant de la filière cacao. Le Conseil du Café-Cacao, basé à Abidjan, régule un secteur qui génère des milliards de dollars. Pourtant, une grande partie des fèves ivoiriennes est encore envoyée à l’étranger pour y être transformée. L’Alliance d’Abuja offre à Abidjan un levier supplémentaire pour renégocier les termes du commerce international et inciter les industriels à investir localement.

Cette coopération régionale pourrait ainsi modifier la donne pour les acheteurs européens, notamment français, premier importateur de cacao ivoirien. Une évolution qui pourrait pousser les fabricants à relocaliser une partie de leur production en Afrique de l’Ouest.

Feuille de route : les prochaines étapes

Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser cette alliance. Une structure de coordination permanente sera mise en place pour superviser la mise en œuvre des projets. Le premier défi ? Négocier collectivement avec l’Union européenne avant l’échéance de décembre 2026, date à laquelle le règlement sur la déforestation deviendra pleinement applicable. Une course contre la montre pour ces pays déterminés à écrire une nouvelle page de leur histoire économique.