Avocate burkinabè ini benjamine esther doli : détention arbitraire et condamnation inquiétantes

Condamnation et maintien en détention d’Ini Benjamine Esther Doli : une atteinte aux droits humains au Burkina Faso

Ini Benjamine Esther Doli

Burkina Faso — Condamnation abusive / Détention arbitraire / Liberté d’expression — Décembre 2025

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), alerte sur la situation critique de l’avocate et militante Ini Benjamine Esther Doli au Burkina Faso.

Une avocate engagée victime de répression judiciaire

Maître Ini Benjamine Esther Doli, ancienne substitut du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso et ancienne Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou (nommée en mai 2019), est inscrite depuis juillet 2024 au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso. Engagée dans la défense des droits fondamentaux, elle dénonce régulièrement les violations commises par les autorités militaires.

Le 10 novembre 2025, le tribunal de grande instance de Ouagadougou l’a condamnée à un an de prison ferme, assortie d’une amende de 1 000 000 F.CFA (environ 1 525 euros), pour « outrage au chef de l’État » (article 352-2 du Code pénal) et « entreprise de démoralisation des forces armées » (article 312-11 du Code pénal). Ces chefs d’accusation découlent de publications sur son compte Facebook, où elle critiquait ouvertement les agissements du pouvoir. Maître Doli a fait appel de cette décision, mais elle reste incarcérée au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou, où elle bénéficie de soins médicaux et de visites familiales et professionnelles.

Contexte de son arrestation : dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, des individus armés se présentant comme des gendarmes ont enlevé Ini Benjamine Esther Doli à son domicile à Ouagadougou, peu après son retour d’un voyage à l’étranger. Juste avant son enlèvement, elle avait partagé sur Facebook une publication où elle comparait la situation actuelle du Burkina Faso à celle de l’ère de Thomas Sankara, évoquant notamment la justice populaire et les violations des droits humains.

Une militante active contre les abus de pouvoir

Sur sa page Facebook, Ini Benjamine Esther Doli dénonçait systématiquement les entraves à la liberté d’expression, les intimidations, les séquestrations et les enlèvements de citoyens, en particulier ceux qui défendent la justice et les droits humains. Elle pointait du doigt les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè, soulignant les lenteurs procédurales, l’atteinte à l’indépendance de la magistrature et les violations des droits à la sécurité et au recours effectif. Ses publications mettaient en lumière des phrases comme :

« C’est trop lâche, voire immensément lâche, de détourner les armes financées par l’argent public pour terroriser un peuple, le museler, l’enlever, le séquestrer et paralyser la justice. »

Une procédure judiciaire contestable

Dès le 4 septembre 2025, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso avait été informé de l’ouverture imminente d’une procédure contre Maître Doli. Le 6 septembre, le procureur du Faso avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour « trahison » (article 311-2), « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées », avant même qu’elle ne soit interpellée.

Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du mouvement Balai citoyen, connaît un sort similaire. Arrêté le 24 janvier 2024 à l’aéroport de Ouagadougou à son retour d’un voyage professionnel, il a été relâché puis réincarcéré à deux reprises. Il est actuellement détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».

Un climat de répression généralisée

Les cas d’Ini Benjamine Esther Doli et Guy Hervé Kam s’inscrivent dans une vague de répression ciblant les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso. Ces dernières années, plusieurs personnalités ont été victimes d’enlèvements ou de disparitions forcées :

  • Amadou Sawadogo (membre du Balai citoyen), porté disparu le 21 mars 2025 avant d’être libéré le 26 mai 2025 ;
  • Miphal Ousmane Lankoandé (secrétaire exécutif du Balai citoyen), enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu ;
  • Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, journalistes enlevés le 24 mars 2025 et libérés respectivement les 17 juillet et 21 juillet 2025 ;
  • Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de L’Événement, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.

Appel à la mobilisation internationale

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains condamne fermement la condamnation et la détention arbitraire d’Ini Benjamine Esther Doli, qu’il considère comme une sanction pour son engagement en faveur de la liberté d’expression et de la défense des droits humains.

L’Observatoire exige :

  • La libération immédiate et inconditionnelle de Maître Doli, ainsi que celle de tous les défenseurs des droits humains arbitrairement détenus ;
  • L’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances de son enlèvement et de sa disparition forcée ;
  • La fin de tout harcèlement judiciaire à son encontre et envers les autres défenseurs des droits humains ;
  • Le respect strict des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, ainsi qu’à la Constitution burkinabè.

Agissez pour soutenir Ini Benjamine Esther Doli

Contactez les autorités burkinabè pour exiger :

  • La protection de l’intégrité physique et psychologique d’Ini Benjamine Esther Doli et des autres défenseurs des droits humains ;
  • Sa libération immédiate et sans conditions ;
  • Une enquête transparente sur son enlèvement et les disparitions forcées d’autres militants ;
  • Le respect des droits à la liberté d’expression et d’association.

Voici les coordonnées des autorités à contacter :

  • Capitaine Ibrahim Traore, Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II) — X : @CapitaineIb22
  • Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier ministre du Burkina Faso — X : @J_E_Ouedraogo
  • Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice, des Droits humains et des Relations avec les institutions — Email : [email protected]
  • Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères — Email : [email protected] ; X : @JeanMarieTraore
  • Commission nationale des droits humains du Burkina Faso — Email : [email protected] ; X : @BurkinaCndhX
  • Représentations diplomatiques du Burkina Faso dans votre pays.

Pour signaler toute action entreprise, contactez l’Observatoire via :
[email protected] — Tél. : +33 1 43 55 25 18 (FIDH) / +41 22 809 49 39 (OMCT)