Bénin : l’océanographie au service d’une expertise maritime mondiale

Avec ses 120 kilomètres de côte bordant le golfe de Guinée, le Bénin relève un défi ambitieux : transformer la gestion de son espace maritime en un atout stratégique. Ce pari, le pays le concrétise à travers le projet OPERA (Ocean Prediction Enhancement in Regions of Africa), une initiative internationale qui vient de marquer un tournant décisif en matière de formation et d’innovation océanique.

Un programme d’envergure mondiale piloté depuis le Bénin

Organisé sous l’égide de la Chaire UNESCO / CIPMA de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), ce projet a réuni près de 1 200 participants issus de 111 pays. Une mobilisation exceptionnelle qui place le Bénin au premier rang des nations engagées dans la recherche maritime. Le programme, entièrement en ligne, s’est déroulé sur sept semaines et a permis au pays de renforcer son rôle de leader dans la formation aux sciences océaniques.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Bénin a compté parmi les nations les plus représentées, avec une forte implication de ses chercheurs, étudiants et professionnels de l’environnement. Une preuve concrète de l’engagement national dans la quête d’une expertise locale pour répondre aux enjeux côtiers.

Des savoirs immédiatement applicables aux défis béninois

Le Dr Frédéric Bonou, enseignant-chercheur à l’UAC, souligne l’approche pragmatique du projet : « Chaque module a été conçu pour que les connaissances théoriques se transforment en solutions concrètes. Que ce soit pour les pêcheurs, les gestionnaires du littoral ou les scientifiques, l’objectif est clair : donner des outils pour agir dès aujourd’hui. »

Pendant 21 heures de formation intensive, les participants ont exploré des technologies de pointe comme les satellites d’observation, les flotteurs Argo ou encore les modèles numériques avancés. Une immersion dans les outils modernes de l’océanographie, essentielle pour le Bénin, dont le littoral et les ressources halieutiques sont au cœur des préoccupations.

Trois axes prioritaires pour sécuriser le littoral et les ressources

Les thématiques abordées reflètent les urgences locales :

  • Lutte contre l’érosion côtière : Anticiper les variations de houle et des marées pour préserver le cordon sableux, menacé par l’avancée des eaux.
  • Gestion durable des pêches : Identifier et cartographier les zones riches en poissons, afin d’optimiser l’exploitation tout en préservant les écosystèmes.
  • Sécurité des eaux territoriales : Renforcer la surveillance des côtes et prévenir les risques de pollution, un enjeu crucial pour la souveraineté maritime béninoise.

Un accompagnement personnalisé a été réservé à un groupe de 500 apprenants, leur offrant une certification délivrée conjointement par la Chaire UNESCO de l’UAC et l’Université de Toulouse. Une reconnaissance académique qui valorise leur engagement dans ce domaine stratégique.

Une alliance internationale pour renforcer la souveraineté maritime

Le succès de cette initiative repose sur une collaboration tripartite : l’Université d’Abomey-Calavi, le réseau Gulf of Guinea Ocean Sciences Summer School (GGOSSS) et Mercator Ocean International. Un partenariat qui a bénéficié d’un soutien financier majeur de l’Union européenne, dans le cadre du programme Arc X / Global Gateway.

Au-delà de la formation, ce projet positionne le Bénin comme un acteur clé dans la construction d’un réseau d’experts océanographes. En réunissant des chercheurs du Bénin, de la France, des États-Unis et de l’Espagne, le pays affirme sa volonté de faire des sciences de la mer un pilier de son développement durable. Une démarche qui s’inscrit dans une vision souverainiste, où la maîtrise de l’espace maritime devient un levier de progrès et de résilience.