Comment la junte malienne a perdu le contrôle face aux rebelles malgré l’aide russe

L’échec cuisant de la stratégie sécuritaire malienne

Le Mali vit aujourd’hui l’une des crises les plus graves de son histoire récente. La stratégie de sécurisation du territoire, fondée sur l’alliance avec des forces paramilitaires étrangères, s’est effondrée sous les coups des offensives des groupes armés et des djihadistes. Entre trahisons, abandons et repli défensif, Bamako paie aujourd’hui le prix de sa dépendance à une protection extérieure.

Kidal, un tournant symbolique

La chute de Kidal en avril 2026 a marqué un tournant décisif. Ville reprise en 2023 par l’armée malienne et ses alliés russes, elle est retombée aux mains des rebelles en quelques heures seulement. Plus surprenant encore : le retrait des forces d’Africa Corps (ex-Wagner) n’a pas été le résultat d’une bataille, mais d’une négociation. Les mercenaires ont évacué leurs positions, parfois en abandonnant du matériel lourd, pour éviter un affrontement direct.

Un responsable malien, sous couvert d’anonymat, a résumé l’amertume générale : « Nous avons été trahis à Kidal. » Cette désertion éclair révèle une vérité crue : une force mercenaire ne défend pas un pays par idéal, mais pour des intérêts bien précis. En choisissant de négocier sa survie plutôt que de résister, la Russie a montré les limites de son engagement au Mali.

L’onde de choc touche Bamako

La crise ne se limite plus au Nord. Les offensives d’avril ont atteint Kati et Bamako, culminant avec la mort du général Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale de l’alliance avec le Kremlin. Privée de son principal stratège, la junte se retrouve affaiblie, dans un contexte de crise humanitaire et économique sans précédent.

Depuis des mois, le GSIM impose un blocus sur les approvisionnements en carburant, vivres et médicaments vers la capitale. Les conséquences sont dramatiques : écoles fermées, coupures d’électricité récurrentes, et une économie à l’agonie. Le bouclier russe n’a pas su protéger Bamako, encore moins empêcher l’infiltration des forces hostiles au cœur même du pouvoir.

Les drones et l’illusion de la victoire

Pour justifier le départ des forces internationales, Bamako avait misé sur une montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par des drones russes. Si ces appareils ont permis quelques frappes, leur usage intensif a surtout aggrave les tensions en touchant des civils, sans jamais apporter de stabilité durable.

Les observateurs s’accordent aujourd’hui sur un constat : Africa Corps se recentre désormais sur la protection du régime à Bamako. L’objectif de reconquête territoriale est définitivement abandonné, laissant le reste du pays sous l’emprise des groupes armés.

L’Alliance des États du Sahel : un bloc en déroute

L’AES, présentée comme une nouvelle forme de solidarité régionale, reste muette face à la crise malienne. Moscou, en quête d’une sortie honorable, réduit ses effectifs. La CEDEAO, de son côté, maintient une pression diplomatique, tandis que la population, asphyxiée par les blocus, rejette massivement le pouvoir en place.

La junte de Bamako, après avoir sacrifié la diplomatie, le dialogue national et ses alliances traditionnelles au profit d’une sécurité importée, se retrouve dans une impasse totale. La question n’est plus de savoir si le régime va tomber, mais dans combien de temps la chute deviendra inévitable.