Dérive autoritaire au Niger : le constat alarmant d’Amnesty International
Près d’un an et demi après le renversement du président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, la junte militaire au pouvoir au Niger intensifie son contrôle sur la nation. Un récent rapport d’Amnesty International dresse un bilan sombre de la situation : arrestations arbitraires, harcèlement des médias et suspension des activités politiques sont devenus monnaie courante sous l’égide du CNSP.
Un cadre juridique au service de la répression
Le général Abdourahamane Tiani avait initialement promis de respecter les libertés fondamentales. Pourtant, les faits décrits par l’organisation internationale témoignent d’un recul démocratique majeur. La suspension de la Constitution de 2010 a laissé place à un gouvernement par ordonnances, où le pouvoir exécutif et législatif est concentré entre les mains des militaires.
Parmi les outils de cette répression, le rétablissement d’une loi de 2019 sur la cybercriminalité permet désormais de poursuivre toute voix critique pour « diffamation » ou « trouble à l’ordre public ». Plus grave encore, une mesure datant d’août 2024 autorise la déchéance de nationalité pour les individus soupçonnés d’activités terroristes, une qualification souvent étendue aux opposants politiques. Déjà 21 personnes, dont d’anciens membres du gouvernement de Mohamed Bazoum comme Hamid Ngadé, ont été touchées par ces sanctions.
L’isolement diplomatique et l’alliance des juntes
Le Niger s’inscrit dans une dynamique régionale de rupture. Aux côtés du Mali et du Burkina Faso, le pays a formé l’Alliance des États du Sahel (AES) après s’être éloigné de la CEDEAO, de la France et de l’Union européenne. Récemment, ces trois nations ont également annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), marquant une volonté de s’affranchir des pressions internationales exigeant un retour à l’ordre constitutionnel.
La société civile et les médias sous haute tension
Le pluralisme au Niger s’étiole sous la pression des services de renseignement. Des figures comme Moussa Tchangari ont été violemment interpellées, illustrant le climat d’intimidation qui pèse sur les défenseurs des droits humains. Le discours officiel oppose désormais les « patriotes » aux « apatrides », fragmentant dangereusement la cohésion sociale.
La liberté de la presse est elle aussi dans le collimateur du régime :
- Suspension de la Maison de la presse au profit d’un comité contrôlé par le pouvoir.
- Interdiction de diffusion pour RFI, France 24 et la BBC.
- Poursuites judiciaires contre des journalistes et blogueurs, à l’image d’Ousmane Toudou, Soumana Maïga ou Samira Sabou.
Face à ces menaces, l’autocensure gagne du terrain. Les professionnels de l’information craignent désormais des représailles pour chaque mot publié. Alors que des assises nationales suggèrent une transition de cinq ans, l’espoir d’un retour rapide à l’État de droit au Niger semble s’éloigner, confirmant l’enracinement durable du pouvoir militaire.