Diplomatie Niger-Bénin : vers une réouverture progressive de la frontière de Malanville

Une lueur d’espoir perce à la frontière entre le Niger et le Bénin, trois ans après sa fermeture totale. La visite officielle du Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine à Cotonou, dans le cadre de l’investiture du nouveau président béninois Romuald Wadagni, marque un premier pas vers la restauration des relations diplomatiques entre Niamey et Cotonou. Lors de cette rencontre, le chef du gouvernement nigérien a évoqué l’amorce d’une « ère nouvelle » entre les deux nations, évoquant un possible déblocage des tensions qui ont envenimé les échanges depuis l’été 2023.

Le poste-frontière de Malanville, principal axe commercial reliant les deux pays, avait été fermé à la suite des mesures coercitives imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) contre le régime issu du coup d’État au Niger. Depuis, les échanges commerciaux se sont réorganisés de manière chaotique, détournés vers le Burkina Faso et le Togo. Cette réorientation a entraîné une hausse significative des coûts logistiques, pénalisant les acteurs économiques des deux côtés de la frontière.

Un impact économique dévastateur pour les deux pays

Le port de Cotonou jouait un rôle clé dans l’économie nigérienne, enclavée géographiquement. Sa fermeture a privé Niamey d’un débouché maritime essentiel, fragilisant les recettes douanières du Bénin et compliquant les approvisionnements locaux. La situation s’est aggravée après l’activation du pipeline reliant le champ pétrolier d’Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, dont la gestion conjointe avec la China National Petroleum Corporation (CNPC) avait cristallisé les tensions entre les deux capitales en 2024.

Pour les communautés frontalières, cette fermeture a signifié un effondrement des activités commerciales. Les petits opérateurs, transporteurs et commerçants, ont dû emprunter des routes secondaires, alimentant un marché informel difficile à réguler. L’économiste Olivier Vallée, ancien conseiller technique au Niger, estime que la réouverture officielle de Malanville soulagerait rapidement les populations des deux côtés, en relançant les échanges et en réduisant les coûts de transport.

La sécurité, obstacle majeur à une réouverture rapide

Malgré les signaux positifs, la question sécuritaire reste un frein majeur. Le Bénin fait face à une recrudescence des activités de groupes armés affiliés à l’État islamique au Sahel et au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) dans sa région septentrionale, notamment dans les parcs nationaux du W et de la Pendjari. Cotonou craint qu’une réouverture précipée de la frontière ne facilite la circulation de combattants ou le réapprovisionnement logistique des groupes terroristes actifs dans la zone des trois frontières.

De son côté, le Niger nourrit des suspicions similaires. Les autorités de transition nigériennes accusent le Bénin d’avoir accueilli, après le coup d’État de 2023, des éléments hostiles à leur régime. Niamey a maintes fois dénoncé la présence présumée de bases d’entraînement sur le territoire béninois, des allégations démenties par Cotonou. Cette méfiance mutuelle explique pourquoi les deux parties restent prudentes quant à une réouverture totale, craignant des infiltrations, qu’elles soient d’ordre jihadiste ou politique.

Un dégel conditionnel et progressif

L’arrivée de Romuald Wadagni à la tête du Bénin relance partiellement les discussions. Ancien ministre des Finances reconnu par les institutions financières internationales, il dispose d’une légitimité qui pourrait favoriser un apaisement rapide des relations bilatérales. Pour les deux États, la reprise des exportations de pétrole nigérien via le terminal de Sèmè-Kpodji représente un enjeu financier colossal, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an.

Cependant, le calendrier d’une éventuelle réouverture reste incertain. Plusieurs conditions préalables doivent être remplies : la mise en place de protocoles de contrôle renforcés à Malanville, la possible réactivation d’une commission mixte de sécurité, ainsi que la régularisation du statut des ressortissants bloqués depuis 2023. Par ailleurs, la sortie du Niger de la Cédéao, concomitante à son rapprochement avec le Mali et le Burkina Faso au sein de la Confédération des États du Sahel, ajoute une dimension institutionnelle supplémentaire à ce dossier.

Quoi qu’il en soit, cette visite à Cotonou marque le premier geste politique concret depuis le début de la crise. Elle pourrait servir de prélude à une normalisation progressive des relations entre Niamey et Cotonou, sous réserve que les craintes sécuritaires et les divergences politiques soient surmontées.