Epidemie d’ebola en rdc: l’oms declare l’urgence sanitaire mondiale

L’épidémie d’Ebola en RDC s’aggrave: l’OMS alerte sur une propagation sans précédent

La situation sanitaire en République démocratique du Congo (RDC) prend une tournure dramatique avec l’épidémie d’Ebola qui s’étend à un rythme inédit. Deux mois après sa déclaration officielle, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence de presse à Genève.

Cette épidémie, désormais classée comme la troisième plus importante de l’histoire après celles de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest et de 2018-2019 en RDC, affiche des chiffres alarmants : 2 073 cas confirmés, dont 796 décès. La progression de la maladie s’est accélérée de manière spectaculaire ces dernières semaines, dépassant toutes les flambées précédentes en vitesse de contamination.

Une transmission incontrôlée dans la province de l’Ituri

Le cœur du problème se situe dans la province de l’Ituri, où la transmission du virus reste particulièrement intense. Plus de 80 % des nouveaux cas sont détectés en dehors des chaînes de contacts connues, révélant des lacunes majeures dans la surveillance épidémiologique. Pire encore, deux tiers des décès surviennent dans les communautés, où les patients n’ont jamais accès à des soins médicaux.

« La situation en Ituri est notre principale préoccupation. Les chaînes de transmission non identifiées et les décès communautaires montrent que nous n’avons pas encore maîtrisé l’épidémie », a déclaré le Dr Tedros. Les équipes de riposte peinent à suivre le rythme de la propagation, malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux.

Des avancées techniques, mais des défis persistants

Face à cette crise, l’OMS et ses alliés, dont le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), ont mis en place plusieurs mesures pour contenir l’épidémie :

  • Capacité d’accueil augmentée : plus de 800 lits de traitement disponibles, contre 400 initialement.
  • Laboratoires renforcés : passage de 1 à 16 laboratoires opérationnels pour des diagnostics rapides.
  • Suivi des contacts amélioré : près de 80 % des contacts sont désormais suivis, contre 30 % en début d’épidémie.
  • Formation des agents communautaires : plus de 21 000 volontaires en cours de formation pour sensibiliser les populations.
  • Inhumations sécurisées : les cérémonies funéraires respectent désormais les protocoles sanitaires pour éviter de nouvelles contaminations.

Parallèlement, des essais cliniques ont été lancés pour tester de nouveaux traitements et vaccins. Deux antiviraux (MBP134 et remdesivir) ainsi qu’un vaccin (ChAdOx1) sont actuellement évalués. Malgré l’absence de vaccin homologué, 377 personnes ont déjà guéri, démontrant que des soins précoces et adaptés sauvent des vies.

L’insécurité entrave la lutte contre Ebola

Le conflit armé qui ravage l’est de la RDC complique considérablement la riposte. Hier encore, un centre de traitement d’Ebola à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, a été la cible d’une attaque armée. Cet incident illustre les difficultés d’accès aux zones touchées par les groupes armés, freinant les opérations de santé publique.

« Nous avons besoin d’une intervention politique pour faciliter notre travail. Les défis techniques sont réels, mais sans sécurité, nous ne pouvons pas contenir cette épidémie », a insisté le Dr Tedros. La situation en RDC contraste avec celle de l’Ouganda, où l’épidémie est sur le point d’être déclarée terminée, avec seulement 20 cas et 2 décès enregistrés.

Les priorités de l’OMS pour les semaines à venir

Pour inverser la tendance, l’OMS a défini plusieurs axes d’action prioritaires :

  • Renforcer la surveillance dans les zones à risque, notamment en Ituri.
  • Améliorer les inhumations sûres et dignes pour éviter les contaminations post-décès.
  • Optimiser la prise en charge clinique des patients pour réduire la mortalité.
  • Mobiliser les communautés par des campagnes de sensibilisation adaptées.
  • Préparer les provinces voisines pour éviter une propagation géographique plus large.

L’épidémie d’Ebola en RDC, causée par la souche Bundibugyo, a été classée comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) dès le 17 mai 2026, deux jours après sa déclaration officielle. Les autorités congolaises, tout en reconnaissant la gravité de la situation, rappellent que la RDC a déjà maîtrisé 16 épidémies d’Ebola par le passé grâce à une riposte coordonnée.

Cependant, les experts s’accordent à dire que cette fois, la combinaison de l’insécurité, de la mobilité des populations et de la fragilité des systèmes de santé rend la situation particulièrement complexe. Sans une réponse renforcée et une stabilisation de la région, le risque de voir l’épidémie s’étendre au-delà des frontières congolaises reste élevé.

Photo d’illustration : enterrement d’un patient atteint d’Ebola en RDC (Crédits : archives)