Formation militaire obligatoire pour les journalistes au Burkina Faso

Le Burkina Faso impose une formation militaire aux journalistes
Plus de quarante professionnels des médias, issus de structures publiques et privées, viennent de participer à une semaine de formation militaire au Burkina Faso. Organisée à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou, cette initiative inédite s’inscrit dans le cadre d’une « immersion patriotique » annuelle, selon les autorités. Une démarche qui suscite des interrogations quant à son impact sur la liberté de la presse, alors que le pays fait face à une insécurité croissante.
Une initiative controversée dans un contexte de tensions
Cette formation, pilotée par le ministère de la Sécurité, marque un tournant dans la relation entre les médias et les institutions. Les participants, vêtus d’uniformes et armés de fusils d’assaut, ont été filmés en train de répondre « Affirmatif ! » à l’appel du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo. Ce dernier a insisté sur l’importance d’un journalisme « patriotique et professionnel », estimant qu’un journaliste « non engagé est un spectateur passif dans un contexte historique crucial ».
Le directeur de l’Académie de police, Lassina Traoré, a justifié cette démarche en soulignant son objectif : « imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs guidant le quotidien des forces de défense et de sécurité ». Une vision que certains observateurs jugent incompatible avec le rôle traditionnel des médias.
Des craintes pour l’indépendance des médias
Cette mesure s’ajoute à un ensemble de pressions déjà exercées sur la presse burkinabè. Des journalistes ont été réquisitionnés de force pour participer aux combats contre les groupes armés, tandis que plusieurs professionnels des médias subissent des restrictions croissantes. Le cas de Serge Oulon, détenu depuis deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, illustre les risques encourus par ceux qui critiquent le pouvoir.
Les défenseurs de la liberté de la presse expriment leur inquiétude face à cette militarisation des journalistes. « Un journaliste n’est pas un soldat. Il ne doit pas devenir un outil de propagande en uniforme, fusil à la main », a réagi Sadibou Marong, de l’ONG Reporters sans frontières. Une position qui interroge sur l’avenir du pluralisme médiatique dans un pays en proie à une crise sécuritaire et politique.
Un précédent déjà contesté
Cette initiative n’est pas totalement nouvelle : en 2023, les élèves admis au baccalauréat avaient été contraints de suivre une formation similaire. Une décision qui avait alors déjà soulevé des critiques, renforcées aujourd’hui par l’extension de cette mesure à un secteur aussi sensible que celui des médias. Dans un contexte où la désinformation et la propagande gagnent du terrain, cette approche interroge sur les limites entre information et instrument d’État.