Frontière Bénin-Niger : l’ouverture progressive se confirme
Un tournant diplomatique : le Bénin et le Niger en route vers la réouverture de leur frontière
Après trois années d’une tension diplomatique sans précédent ayant conduit à la fermeture de leur frontière commune, le Bénin et le Niger amorcent une sortie de crise historique. Les discussions menées ce week-end à Cotonou ont permis d’esquisser les contours d’une réouverture prochaine, marquant la fin d’un blocage politique, économique et sécuritaire qui a lourdement pesé sur les deux pays.
Des avancées majeures lors des négociations de Cotonou
Portée par une délégation nigérienne dirigée par le général de division Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, la rencontre de deux jours à Cotonou a abouti à des accords de principe structurants. Les deux parties ont acté des mesures concrètes pour apaiser les tensions et relancer leur coopération bilatérale.
Parmi les décisions clés figurent :
- Le renforcement de la coopération sécuritaire pour lutter contre les menaces transfrontalières ;
- L’exonération des taxes sur le transit des marchandises pour fluidifier les échanges ;
- L’interdiction de la mise en consommation de certains produits pour éviter les détournements ;
- La révision des charges commerciales jugées abusives ;
- Le règlement des contentieux en suspens pour clarifier les relations économiques.
Le général Toumba a salué ces avancées, soulignant que le dialogue avait permis de « sécuriser nos populations, créer de la valeur pour nos économies et insuffler un espoir renouvelé à notre jeunesse ».
Romuald Wadagni, artisan d’un dégel historique
L’impulsion décisive est venue de l’arrivée au pouvoir au Bénin du président Romuald Wadagni, élu en avril dernier. Dès sa prise de fonction, il a engagé une démarche proactive pour restaurer le dialogue, effectuent une visite officielle au Niger dès le 2 juin. Cette rencontre au sommet avec le président nigérien Abdourahmane Tiani a permis de poser les bases d’une normalisation.
Les deux chefs d’État avaient alors convenu de créer une commission mixte chargée d’analyser les causes de la fermeture de la frontière en 2023 et de proposer des solutions pour relancer la coopération. Les discussions récentes à Cotonou confirment la volonté des deux gouvernements de concrétiser ces engagements.
Le ministre béninois de l’Industrie et du Commerce, Oleshegun Adjadi Bakari, a confirmé que les deux délégations avaient « restauré un climat de confiance » et partagé un objectif commun : « refaire naître cet amour et ce lien séculaire entre nos deux peuples ».
Les origines d’une crise de trois ans
La dégradation des relations entre le Bénin et le Niger remonte au coup d’État au Niger en juillet 2023, qui a porté au pouvoir le général Abdourahmane Tiani. La junte nigérienne a alors accusé l’ancien président béninois Patrice Talon et d’autres dirigeants régionaux de vouloir organiser une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel, sous couvert de la CEDEAO.
Les tensions se sont exacerbées avec des allégations de soutien aux groupes armés opérant au Niger, ainsi que des soupçons d’implication du Bénin dans des tentatives de déstabilisation. Malgré les démentis de Cotonou et de Paris, ces accusations ont conduit à une escalade diplomatique et à la fermeture des frontières.
Les sanctions de la CEDEAO, incluant la suspension des échanges commerciaux, ont aggravé la situation. Le Niger, pays enclavé, a particulièrement souffert de l’interruption de son accès au port de Cotonou, principal hub commercial de la région.
Un impact économique dévastateur
La fermeture de la frontière a transformé l’un des corridors commerciaux les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest en une ligne de fracture géopolitique. Les conséquences ont été immédiates et douloureuses pour les deux économies.
Pour le Niger, pays enclavé, le port de Cotonou était vital. Sa fermeture a paralysé les importations de produits essentiels, des céréales aux carburants, et perturbé les exportations nigériennes. Les transporteurs ont dû emprunter des routes alternatives, notamment via le Burkina Faso, où les risques d’attaques djihadistes se sont multipliés.
Côté béninois, le port de Cotonou, déjà fragilisé, a vu son trafic chuter. Le gouvernement nigérien a progressivement orienté ses flux commerciaux vers le port de Lomé, au Togo, privant Cotonou de ressources stratégiques. Les entreprises locales, les transporteurs et les communautés frontalières ont subi de plein fouet cette crise.
Gamatie Mahamadou, secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, a rappelé que le corridor Niger-Bénin était « le plus sûr, le plus rentable et le plus court » pour les échanges. Son blocage a engendré des surcoûts logistiques et des pertes financières colossales.
Les deux pays ont donc tout intérêt à concrétiser rapidement les accords signés. La réouverture de la frontière et la relance de leur coopération sécuritaire et économique pourraient redonner un souffle nouveau à une région mise à mal par les crises successives. Pour les populations des deux côtés de la frontière, l’espoir est désormais permis.