Gabon : le débat politique doit retrouver sa place centrale
Depuis l’instauration du multipartisme à l’issue de la Conférence nationale de mars-avril 1990, le paysage politique gabonais s’est caractérisé par une dynamique démocratique parfois agitée, mais toujours porteuse de vitalité. Les partis politiques, qu’ils soient dans l’opposition ou proches du pouvoir, ont régulièrement marqué leur présence par des prises de parole engagées, des critiques ciblées et, lorsque nécessaire, des appuis mesurés à l’action gouvernementale.
Pourtant, cette vitalité semble s’être essoufflée ces derniers temps. Une atmosphère de silence pesant semble s’être installée, réduisant les échanges à quelques interventions isolées du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) de Barro Chambrier, du Parti démocratique gabonais (PDG), d’autres formations de la « mouvance présidentielle » et quelques voix marginales de l’opposition. Un climat politique assombri, où le débat contradictoire s’efface progressivement, reléguant les enjeux nationaux au second plan au profit de calculs partisans.
C’est dans ce contexte que l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema, a récemment rompu le silence. En s’exprimant publiquement sur la crise persistante de la SEEG, l’UDB a rappelé une vérité fondamentale : le débat politique n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue. Même tardive, cette prise de parole a redonné un souffle d’espoir à une opinion publique en quête de clarté et de transparence. Mais attention : cette dynamique doit se poursuivre et s’amplifier.
Avec l’adoption de la nouvelle loi sur les partis politiques, nombreux sont les acteurs politiques qui, dans l’attente d’une reconnaissance officielle, choisissent de se taire. Stratégie de prudence ou de survie ? Peu importe. Car une démocratie digne de ce nom ne peut fonctionner dans l’ombre. Elle exige des échanges francs, des confrontations d’idées et une analyse rigoureuse des défis majeurs : hausse du coût de la vie, emploi, santé, éducation, logement, énergie, et bien sûr, l’évaluation des mesures mises en place par les nouvelles autorités. Notre appel n’est pas celui d’une opposition stérile ou d’une critique systématique. Nous plaidons pour un débat constructif, capable d’éclairer les décisions gouvernementales et de corriger les erreurs lorsque cela s’impose. Un dialogue qui soutienne le président Oligui Nguema dans sa mission, tout en le protégeant des dérives potentielles, qu’elles viennent du secteur public, privé ou de la société civile.
Le Gabon, en pleine transition politique, ne peut se permettre de voir son débat démocratique s’affaiblir davantage. Même si certains minimisent son rôle en affirmant qu’il n’a jamais « nourri » la population, il doit investir tous les espaces prévus à cet effet : le Parlement, les médias, les réseaux sociaux, les universités et les cercles de réflexion. Il est temps de l’accepter, de l’encourager et de le structurer. Car si les partis politiques, garants d’une mission constitutionnelle, faillent à leur devoir, c’est la rue qui finira par s’exprimer seule. Et personne ne souhaite en arriver là.
Les formations politiques ont une responsabilité majeure : faire vivre le débat par devoir démocratique, et non par opportunisme. C’est à cette condition que les institutions se renforceront, que la gouvernance gagnera en efficacité et que le pays avancera dans la transparence. Il est donc plus que jamais temps de réinvestir pleinement le champ du débat politique, sans arrière-pensée ni calcul égoïste.