Gabon : réduction historique de 51,8 milliards fcfa pour l’impôt minier en 2025
Un détail comptable discret dans le projet de loi de finances rectificative du 17 juillet 2025 vient de bouleverser les équilibres budgétaires du Gabon. L’impôt sur les sociétés minier, pilier de la diversification économique post-pétrole, s’effondre de 97 %, passant de 53,2 à seulement 1,47 milliard de francs CFA. Ce retrait de 51,8 milliards, soit près de 80 millions d’euros, représente une perte record pour un État qui mise sur les ressources minières pour compenser le déclin pétrolier.
une chute brutale qui interroge la stratégie extractive gabonaise
Avec le manganèse, le bois et le pétrole, le secteur minier forme le trio gagnant des exportations gabonaises. Deuxième producteur mondial de manganèse, le pays mise sur ce minerai extrait notamment dans le Haut-Ogooué par Comilog (filiale d’Eramet) et Nouvelle Gabon Mining. Depuis le putsch de 2023 et l’avènement du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités promettent une refonte des conventions minières pour maximiser les recettes fiscales. Pourtant, la loi rectificative de 2025 acte l’inverse : un abandon massif de recettes qui remet en cause la cohérence des prévisions budgétaires.
Plusieurs éléments expliquent cette dégringolade. Le cours du manganèse a chuté depuis mi-2024, après un pic causé par un incendie dans une mine australienne. Cette baisse des prix a réduit les marges des exploitants au Gabon, diminuant d’autant leur base imposable. Pourtant, l’écart entre les prévisions initiales et la réalité fiscale pose question sur la fiabilité des modèles économiques utilisés.
transparence fiscale et rente minière : un équilibre difficile
Le Gabon, réengagé dans l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) après des années d’absence, voit ses efforts de rigueur budgétaire mis à mal. Les 51,8 milliards abandonnés équivaudraient à plusieurs mois de salaires des fonctionnaires dans certains ministères. Cette perte survient alors que Libreville négocie avec le Fonds monétaire international un nouveau plan d’aide, dans un contexte de liquidités tendues et de recours accru aux marchés de la Beac.
Les observateurs locaux soulignent une incohérence entre le discours officiel de fermeté envers les multinationales et la réalité des chiffres. Dès l’automne 2023, les autorités de transition avaient annoncé une révision complète des contrats miniers et pétroliers pour renforcer la part de l’État. Deux ans plus tard, l’impôt sur les sociétés du secteur minier ne représente plus que 3 % de l’objectif initial, sans explication publique sur les hypothèses retenues.
un choix stratégique qui pèse sur les arbitrages économiques
Cette baisse des recettes intervient à un moment crucial. Le Gabon doit finaliser son cadrage budgétaire pluriannuel et trancher entre grands travaux d’infrastructures et maîtrise du déficit. Une perte de 51,8 milliards force le gouvernement à revoir ses priorités, soit en comprimant les dépenses, soit en augmentant l’endettement intérieur. Les institutions internationales suivront de près les explications données au Parlement de transition.
Pour les industriels du secteur, ce revirement offre un répit bienvenu dans un marché en berne. Mais il alimente aussi les critiques sur la répartition de la richesse minière. La future loi de finances 2026, attendue à l’automne, devra clarifier si cette baisse est temporaire ou signe d’un nouveau modèle fiscal pour les mines gabonaises.