Groupes armés au Mali : comprendre leur rôle pour une paix durable
groupes armés au Mali : comprendre leur rôle pour une paix durable
Depuis 2012, le Mali traverse une crise politique et sécuritaire persistante. Cette année-là, un coup d’État militaire a plongé le pays dans l’instabilité, tandis que des groupes armés s’emparaient du nord du territoire. Malgré les tentatives de transition, les partis politiques ont été interdits en 2025, aggravant la fragmentation du paysage institutionnel. Cette situation a favorisé l’émergence de violences extrémistes, malgré les interventions militaires de la France, des États-Unis et de la Russie.
En avril 2026, le gouvernement malien a dû faire face à des attaques coordonnées menées par des séparatistes et des djihadistes, entraînant la perte du général Sadio Camara, ministre de la Défense. Ces événements illustrent l’incapacité des stratégies militaires à endiguer la montée en puissance des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).
Les problèmes structurels, tels que les conflits fonciers, la corruption et les tensions communautaires, ont été exploités par ces groupes pour renforcer leur influence. Leur capacité à s’adapter aux réalités locales, en priorisant les besoins immédiats, leur a permis de gagner une légitimité de facto.
Les groupes armés : acteurs incontournables de la gouvernance locale
Les groupes armés au Mali ne se limitent pas à des forces combattantes. Dans de nombreuses régions, notamment dans le centre et le nord du pays, ils assument des fonctions essentielles. Ils résolvent les conflits, appliquent des règles, perçoivent des taxes et maintiennent un minimum d’ordre. Ces services, bien que contestables, répondent à des besoins concrets pour les populations en situation d’insécurité chronique.
Notre recherche montre que cette légitimité n’est pas synonyme d’adhésion idéologique. Les communautés s’adaptent par nécessité, car les alternatives étatiques sont souvent absentes ou inefficaces. Cette dynamique explique pourquoi ces groupes sont si difficiles à déloger : leur ancrage repose autant sur l’absence de l’État que sur leur propre force.
Pourquoi les stratégies militaires échouent-elles ?
Les interventions extérieures, comme l’opération Serval en 2013, ont permis de reprendre temporairement des zones clés, mais n’ont pas résolu le conflit. Les combattants se sont déplacés vers des régions rurales, renforçant leurs liens avec les communautés. Dans le centre du Mali, les tensions entre Peuls et Dogons, liées à des enjeux économiques comme l’élevage, ont été exacerbées, offrant un terreau fertile aux groupes extrémistes.
Les tentatives de renforcement des institutions étatiques se heurtent à des défis majeurs. Les forces de sécurité sont souvent perçues comme inefficaces, voire oppressives, poussant les populations à se tourner vers les groupes armés pour obtenir protection et prévisibilité. Parallèlement, le retrait de la France et l’arrivée de nouveaux acteurs comme les forces liées à la Russie ont fragmenté les interventions, parfois aggravant les tensions.
Les civils, pris entre plusieurs feux, privilégient la survie à l’idéologie. Leurs choix reflètent une réalité brutale : tant que les besoins de base ne seront pas comblés, les groupes armés continueront à jouer un rôle central dans l’organisation de la vie quotidienne.
Vers une approche réaliste et locale
Nos travaux soulignent l’échec des solutions purement militaires. Une paix durable ne peut être atteinte sans une compréhension approfondie des dynamiques locales. Cela implique d’améliorer l’accès à la justice, de soutenir les institutions locales et de répondre aux griefs communautaires. La légitimité ne se décrète pas : elle se construit depuis la base.
L’expérience du Mali démontre que les groupes armés ne sont pas près de disparaître. Leur éradication nécessitera bien plus que des opérations militaires : une refonte des politiques publiques, centrée sur les besoins des populations et une gouvernance inclusive. Seul un équilibre entre sécurité et légitimité locale pourra offrir une issue viable à cette crise persistante.