La route Douala Bafoussam dans un état déplorable et meurtrier

La route nationale 5 du Cameroun, qui relie Douala à Bafoussam en passant par Bamenda, est aujourd’hui dans un état catastrophique. Ce tronçon essentiel pour l’économie du pays cumule des records inquiétants : dégradation avancée, accidents fréquents et mortalité élevée en font l’une des routes les plus dangereuses du territoire.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation alarmante. D’abord, l’intense trafic de camions et de bus interurbains use prématurément la chaussée. Ensuite, les investissements dans la maintenance se font attendre, malgré l’urgence. Enfin, le changement climatique aggrave la dégradation : les pluies de plus en plus violentes érodent l’asphalte, creusent des nids-de-poule profonds et fragilisent les infrastructures.
Un trajet devenu un parcours du combattant
Prendre un bus entre Douala et Bafoussam aujourd’hui relève de l’aventure. Les voyageurs subissent des trajets interminables, souvent retardés par les inondations qui transforment la route en un véritable piège. Ce qui prenait autrefois trois heures et demie se transforme désormais en un périple de dix heures ou plus, dans des conditions extrêmes.
Les détours s’imposent pour éviter les zones les plus endommagées. Une voyageuse, Alice, témoigne de son calvaire : « Nous sommes partis de Bafoussam il y a 14 heures. La Nationale 5 est impraticable dans le Haut-Nkam. Nous avons dû emprunter un détour par Yaoundé, alors que ce n’était pas notre destination, avant de bifurquer à Bagangté pour rejoindre la bonne direction. Résultat : épuisement total et douleurs musculaires. »
Le « Triangle de la mort » : un corridor sous haute tension
Le secteur compris entre Douala, Yaoundé et Bafoussam est tristement surnommé le « Triangle de la mort ». Les intempéries y sont particulièrement destructrices, comme en témoigne le drame de la falaise de Dschang en novembre 2024 : un double éboulement a emporté plusieurs véhicules, causant la mort de 14 personnes.
Selon les estimations locales, ce corridor routier serait le théâtre de près de 100 décès par mois. Les usagers, épuisés, décrivent une arrivée à destination comme une libération douloureuse. Un voyageur anonyme confie : « Je suis arrivé ce matin à 2 heures, après un trajet épuisant. Même si cela coûte le double, il serait préférable de contourner la Nationale 5 via la Nationale 3 et la Nationale 6. Mieux vaut payer plus cher que de risquer sa vie sur cette route dévastée. »
Réhabilitation annoncée, mais les promesses restent sans suite
Pour remédier à cette situation, les autorités évoquent un projet de réhabilitation estimé à 180 milliards de francs CFA. Pourtant, sur le terrain, la colère des usagers gronde. Pourquoi payer des péages sur une route en ruine ? s’interroge Mika Séma, un transporteur : « Les péages sont censés financer l’entretien des routes. Mais si la route n’est pas entretenue, pourquoi continuer à payer ? Il est temps que les autorités agissent concrètement pour éviter que cette artère ne devienne un cimetière à ciel ouvert. »
Avec des saisons des pluies de plus en plus intenses et aucun signe tangible de travaux majeurs, la route Douala-Bafoussam reste une bombe à retardement pour la sécurité routière au Cameroun.