L’alliance du Burkina, du Mali et du Niger : un an après, quel bilan pour l’AES ?

Deux années se sont écoulées depuis la fondation de l’Alliance des États du Sahel (AES), un projet ambitieux porté par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ses promoteurs, à l’image du Capitaine Ibrahim Traoré, en soulignent les avancées sur les plans stratégique et politique, insistant sur les principes de souveraineté, de solidarité et de coopération régionale. Pourtant, cette vision, bien que séduisante pour une partie de l’opinion publique, peine encore à convaincre ceux qui réclament des réalisations tangibles.

L’AES : une alliance aux ambitions affichées

Selon les dirigeants de l’AES, cette organisation aurait enregistré des progrès notables dans trois domaines majeurs : la diplomatie, la défense et les institutions. La création de cette confédération visait notamment à renforcer l’autonomie des trois pays face aux partenaires internationaux traditionnels. Cependant, sur le terrain, les défis qui avaient motivé sa création persistent, voire s’aggravent dans certains cas.

Le discours sur la souveraineté, désormais central dans la rhétorique des autorités, repose sur une idée forte : celle d’une indépendance décisionnelle accrue. Pourtant, la souveraineté ne se limite pas à une rupture avec les alliances passées ou à un simple changement d’orientation géopolitique. Elle se mesure avant tout à l’aune de la capacité d’un État à garantir la sécurité de ses citoyens, à assurer le fonctionnement de ses institutions, à soutenir son économie et à offrir des opportunités à sa jeunesse.

Des défis sécuritaires et humanitaires toujours prégnants

Malgré les déclarations répétées concernant les succès militaires obtenus grâce à la collaboration entre les trois pays, les groupes armés continuent d’opérer dans de vastes zones des trois territoires. Les populations locales subissent encore les menaces quotidiennes de violences, tandis que les déplacements forcés et les crises humanitaires s’intensifient. Ces réalités contrastent avec l’image d’une alliance ayant surmonté ses principaux obstacles.

Sur le plan économique, les espoirs d’intégration régionale peinent à se concrétiser. Les échanges commerciaux entre les trois États restent modestes, les contraintes budgétaires persistent et le pouvoir d’achat des ménages continue de décliner. Pour de nombreux observateurs, les avantages promis par la création de l’AES restent largement abstraits, voire inatteignables à court terme.

La souveraineté, un idéal qui ne suffit pas

Les discours sur l’autonomie politique, aussi convaincants soient-ils, ne répondent pas aux attentes immédiates des populations. Celles-ci évaluent l’efficacité de leurs dirigeants à l’aune de critères concrets : la sécurité au quotidien, l’accès aux soins, l’éducation, l’emploi et les infrastructures. Ces éléments constituent les véritables indicateurs d’une gouvernance performante et responsable.

Par ailleurs, la focalisation excessive sur la souveraineté a parfois pour effet de détourner l’attention des questions essentielles de gouvernance, de transparence et de responsabilité. Une alliance régionale ne peut prétendre gagner la confiance durable de ses citoyens qu’à condition de s’appuyer sur des institutions solides, des politiques publiques efficaces et une gestion rigoureuse des ressources.

Un avenir à écrire sur des réalisations tangibles

Deux ans après sa création, l’AES représente indéniablement une mutation significative dans le paysage politique de l’Afrique de l’Ouest. Toutefois, son succès futur ne saurait être évalué uniquement à travers les déclarations officielles. Il dépendra avant tout de sa capacité à concrétiser des avancées tangibles pour les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

En définitive, les promesses de souveraineté, aussi nobles soient-elles, ne suffisent pas à elles seules à transformer la réalité. Les citoyens attendent désormais des preuves concrètes que cette alliance peut relever les défis sécuritaires, économiques et sociaux qui continuent de peser sur leurs pays. C’est sur ces résultats, et non sur les seules intentions affichées, que l’histoire jugera le bilan de l’Alliance des États du Sahel.