Le Burkina Faso expulse la représentante de l’ONU après un rapport sur les droits des enfants
Les autorités de transition au Burkina Faso ont pris la décision radicale d’évincer Carol Flore-Smereczniak, la plus haute responsable des Nations Unies sur le territoire. Cette mesure de bannissement, la qualifiant de « persona non grata », intervient immédiatement après la diffusion d’un rapport onusien dénonçant des exactions perpétrées contre des mineurs dans le cadre du conflit national.
Une rupture diplomatique consommée avec les Nations Unies
L’expulsion de Carol Flore-Smereczniak marque une nouvelle étape dans les tensions entre la junte et l’organisation internationale. Elle suit celle de Barbara Manzi en 2022, confirmant une tendance du pouvoir militaire à rejeter toute forme de contrôle indépendant sur la situation des droits humains. Le gouvernement reproche à la diplomate son implication dans la rédaction d’un document publié en avril dernier, qui détaille les souffrances endurées par les enfants burkinabè.
Des chiffres alarmants sur les violations des droits de l’enfant
Le rapport incriminé par Ouagadougou fait état de plus de 2 400 atteintes graves ayant impacté environ 2 255 enfants entre l’été 2022 et l’été 2024. Les faits documentés incluent :
- Des assassinats et des enlèvements de mineurs.
- Le recrutement forcé d’enfants par des groupes combattants.
- Une recrudescence des attaques visant les établissements scolaires.
- La détention d’enfants suspectés de liens avec des insurgés.
Si les groupes islamistes armés sont tenus pour responsables de 65 % de ces abus, l’enquête pointe également la responsabilité des forces de sécurité du Burkina Faso et de leurs auxiliaires civils, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP).
Un bras de fer sémantique et politique
Au-delà des faits, c’est aussi une guerre des mots qui oppose les deux parties. Le ministère des Affaires étrangères a vivement critiqué l’usage de termes comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les terroristes, ou la qualification de « milices » pour les VDP. Les autorités exigent désormais que les Nations Unies réorientent leurs actions pour qu’elles s’inscrivent uniquement dans la stratégie définie par la direction actuelle du pays.
Depuis le coup d’État de 2022, le régime militaire a intensifié sa pression sur la société civile, les médias et les opposants politiques. Plutôt que de chercher à occulter ces réalités par des expulsions, les observateurs préconisent une coopération accrue avec l’ONU afin de mettre en place des mesures concrètes pour protéger les plus vulnérables face à la violence persistante.