Crise judiciaire au Niger : la dissolution des syndicats et la radiation des magistrats font polémique
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, fruit d’une collaboration entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), exprime sa vive réprobation suite à la dissolution de cinq organisations syndicales du milieu judiciaire au Niger. Cette mesure, actée par des arrêtés du ministre de l’Intérieur le 7 août 2025, a été suivie par l’exclusion de deux magistrats de haut rang appartenant au Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman). L’Observatoire exhorte les autorités de Niamey à annuler ces décisions pour préserver la liberté syndicale et d’association.
Une offensive administrative contre les syndicats de la justice
Le 7 août 2025, le général Mohamed Toumba, à la tête du ministère de l’Intérieur du Niger, a officialisé la dissolution du Saman, de l’Uman (Union des magistrats du Niger), du Snaj (Syndicat national des agents de justice), du Syncat (Syndicat des cadres et des agents techniques du ministère de la Justice) et du Siman (Syndicat indépendant des magistrats du Niger). Ces actes administratifs ont été publiés sans justification explicite initiale.
Le lendemain, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a justifié ces mesures en invoquant des « dérives répétées » qui nuiraient à l’efficacité du service public. Selon le gouvernement, ces structures auraient privilégié des intérêts individuels au détriment de leur mission originelle. En réaction, le Saman et l’Ordre des avocats du Niger ont organisé un mouvement de grève les 14 et 15 août 2025 pour contester cette décision.
Un cadre légal contesté par les organisations de travailleurs
L’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) a rapidement dénoncé une erreur de base juridique. Le gouvernement s’est appuyé sur une ordonnance de 1984 relative au régime des associations à but non lucratif. Or, les syndicats relèvent spécifiquement du Code du travail de la République du Niger de 2012 et des textes de l’Organisation internationale du travail (OIT). Cette confusion juridique rendrait, selon les opposants, les dissolutions nulles et sans fondement légal.
Radiation de magistrats et atteinte à l’indépendance judiciaire
La répression s’est intensifiée avec l’intervention directe de la présidence. Par décret, Abdourahamane Tiani a ordonné la radiation de Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane, secrétaire général du Saman, après que ce dernier a critiqué publiquement la fin des syndicats. Peu après, Moussa Mahamadou, son adjoint, a subi le même sort pour avoir signé un communiqué appelant à la grève générale afin d’obtenir la réintégration de son collègue.
Ces sanctions ciblées font craindre une fragilisation de la séparation des pouvoirs au Niger. L’Ordre des avocats a d’ailleurs alerté sur les risques pesant sur l’indépendance de la justice et la liberté d’expression dans le pays.
Un climat de restriction des libertés fondamentales
L’Observatoire souligne que ces événements s’inscrivent dans une tendance plus large de réduction de l’espace civique. Le cas de Moussa Tchangari, défenseur des droits humains emprisonné depuis plusieurs mois après avoir critiqué des décisions ministérielles, illustre cette pression constante sur les voix dissidentes. Le respect des conventions internationales, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), est aujourd’hui au cœur des préoccupations des observateurs internationaux.
En conclusion, l’appel reste clair : la réintégration immédiate des magistrats Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane et Moussa Mahamadou, ainsi que le rétablissement des droits syndicaux, sont indispensables pour garantir l’état de droit au Niger.