Libreville — Le Gabon veut rompre avec le modèle traditionnel des économies extractives. Pendant des années, les ressources minières ont quitté le pays sans que ses habitants n’en tirent pleinement profit. Aujourd’hui, les autorités ambitionnent de transformer cette richesse en atouts concrets pour l’économie locale.
Sous l’impulsion de Zénaba Gninga Chaning, ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, une réflexion collective s’est engagée pour faire du contenu local un levier central de développement. L’objectif ? Que chaque projet minier devienne un moteur de croissance pour les entreprises gabonaises, générateur d’emplois qualifiés et de prospérité partagée.
Pour la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) et le groupe Eramet, cette démarche dépasse le simple respect des obligations légales. Il s’agit désormais de structurer un écosystème où la valeur créée reste ancrée sur le territoire national, au bénéfice des populations.
un modèle économique dépassé
Longtemps, les pays riches en ressources naturelles ont subi un paradoxe cruel : extraire des richesses pour les exporter sans en conserver la valeur ajoutée. Le Gabon souhaite désormais inverser cette tendance. Le contenu local s’impose comme une réponse pragmatique à ce défi, exigeant que chaque investissement minier contribue activement au renforcement des compétences, des entreprises et des infrastructures locales.
Cette approche ne se limite pas à attribuer des marchés aux entreprises nationales. Elle vise à faire émerger des acteurs gabonais capables de rivaliser avec les standards internationaux, d’innover et de s’exporter au-delà des frontières.
Lors des travaux organisés sur ce thème, plusieurs obstacles ont été identifiés : difficultés d’accès au financement, complexité des démarches administratives, manque de visibilité sur les opportunités, exigences de certification et pénurie de compétences spécialisées. Pour y remédier, une collaboration renforcée entre les administrations, les banques, les centres de formation et les organisations professionnelles s’avère indispensable.
vers un écosystème intégré
L’innovation réside dans la méthode adoptée. Inspiré du Design Thinking, le processus mis en place privilégie les solutions issues du terrain plutôt que les directives descendantes. Les consultations ont réuni tous les acteurs concernés : pouvoirs publics, établissements financiers, institutions de microfinance, fédérations professionnelles et centres de formation. L’objectif ? Co-construire un environnement propice à l’émergence de PME compétitives et durables.
Cette logique dépasse la simple obligation contractuelle imposée aux grands groupes miniers. Elle repose sur la création d’un écosystème économique intégré, où qualité, sécurité, compétitivité et bonne gouvernance deviennent les piliers d’une souveraineté industrielle retrouvée. Le capital humain s’impose comme le socle de cette transformation : formation technique, certifications, mentorat et transfert de savoir-faire sont autant d’investissements invisibles mais fondamentaux.
des résultats encourageants, mais un potentiel à exploiter
Les premiers bilans de la Compagnie minière de l’Ogooué sont prometteurs. L’entreprise recense désormais 780 fournisseurs et prestataires locaux, dont près de 75 % sont des sociétés gabonaises. Plus d’un tiers des achats de Comilog (37 %) sont réalisés auprès d’acteurs nationaux, injectant ainsi 56,8 milliards de francs CFA dans l’économie locale. Ces partenariats ont également permis la création de plus de 3 000 emplois directs.
Ces chiffres démontrent une dynamique encourageante, mais insuffisante au regard des immenses possibilités du secteur minier gabonais. L’ambition est désormais de passer à une nouvelle étape : davantage de création de richesse locale, des PME plus résilientes, des milliers d’emplois supplémentaires qualifiés, un capital humain renforcé et des collaborations durables entre secteurs public et privé.
Une stratégie nationale ambitieuse
Le Gabon ne se contente pas de réformer son secteur minier. Il engage une véritable révolution industrielle, où les matières premières ne sont plus seulement des ressources à extraire, mais des leviers pour bâtir une économie souveraine et compétitive. Dans un contexte géopolitique où les matières premières critiques deviennent des enjeux stratégiques, les nations qui réussiront seront celles qui transformeront ces ressources en entreprises, en technologies et en opportunités durables. Le Gabon a choisi cette voie.