L’est de la RDC : l’ONU alerte sur une crise humanitaire d’une gravité inédite

La Commission d’enquête indépendante des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme ce lundi 29 juin en présentant son premier rapport actualisé au Conseil des droits de l’homme à Genève. Selon elle, la situation des droits humains dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est d’une gravité exceptionnelle, marquée par des violences intolérables contre les civils.
Une dégradation sécuritaire alarmante
La commission, présidée par Arnauld Akodjenou, a décrit un environnement sécuritaire en constante détérioration. Les déplacements massifs de populations, l’affaiblissement des institutions publiques et un conflit régional complexe aggravent la crise. De nombreux témoignages font état d’exactions graves, notamment des violences sexuelles liées au conflit, y compris des cas d’esclavage sexuel, des homicides illégaux, des arrestations arbitraires et le recrutement forcé d’enfants.
« Les informations portées à notre attention font état d’une situation d’une gravité exceptionnelle », a déclaré Arnauld Akodjenou.
Des violations ciblant les plus vulnérables
Les enquêteurs ont recueilli des témoignages profondément préoccupants concernant les enfants et les violences sexuelles. Les attaques contre des infrastructures essentielles comme les écoles et les hôpitaux sont également documentées. La commission souligne que les populations déplacées, les femmes, les enfants et les communautés déjà fragilisées sont les plus exposés, sans protection adéquate.
L’accès à l’aide humanitaire reste entravé, et des mauvais traitements ont été signalés dans des lieux de détention où les garanties juridiques fondamentales ne sont pas respectées. Le commissaire Clément Voule a rappelé qu’aucun acteur ne devrait subir de représailles pour avoir coopéré avec les mécanismes onusiens.
Des investigations encore préliminaires
Créée par le Conseil des droits de l’homme, la commission mène des enquêtes sur les violations présumées du droit international humanitaire et des droits humains dans l’est de la RDC. Ses travaux en sont encore à un stade préliminaire. La commissaire Maxine Marcus a précisé que la commission ne préjuge ni des faits ni des responsabilités, et a souligné l’importance d’une approche centrée sur les victimes et les survivants.
Depuis le début de sa mission, la commission a mené plus de 50 consultations en ligne et plus de 30 réunions en personne. Une mission à Kinshasa début juin lui a permis de rencontrer des victimes, des organisations de la société civile, des représentants gouvernementaux et des partenaires internationaux. Au total, 35 organisations de la société civile ont participé à des réunions de groupe. Cependant, les enquêteurs n’ont pas encore pu se rendre à Goma et dans d’autres zones affectées de l’est en raison de l’insécurité, mais des visites sont envisagées dès que les conditions le permettront.
Une crise aux multiples facettes
Au-delà des violences, la commission décrit une crise multidimensionnelle touchant la sécurité, la santé, la gouvernance, l’éducation et l’économie. Cette situation est aggravée par la poursuite des combats, les déplacements de populations et les risques sanitaires, notamment liés à l’épidémie d’Ebola. L’organe onusien appelle toutes les parties au conflit à garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave, en particulier pour les groupes les plus vulnérables.
Un appel urgent à l’action
La commission insiste sur la nécessité de placer les victimes au centre des efforts pour lutter contre l’impunité. Elle recommande de préserver les couloirs humanitaires, de protéger les défenseurs des droits humains et les observateurs locaux, et de soutenir des enquêtes indépendantes et crédibles. Arnauld Akodjenou a conclu : « Les souffrances portées à notre attention appellent plus que de la préoccupation. Elles exigent une enquête rigoureuse et un engagement international déterminé. »
La commission réaffirme son engagement à mener des investigations indépendantes et impartiales pour établir les faits et contribuer à la justice, dans un contexte où les attentes des victimes restent très fortes.