Lomé : l’Afrique de l’Ouest mise sur sa souveraineté pharmaceutique locale

Lomé, 12 août 2026 — L’Afrique de l’Ouest fait face à un choix stratégique : réduire sa dépendance aux importations de médicaments ou développer une industrie pharmaceutique locale robuste. C’est le thème central des 21ᵉ Assises scientifiques et culturelles de la Fédération des étudiants en Pharmacie de l’Afrique de l’Ouest (FESPAO), qui se tiennent à l’Agora Senghor de Lomé. Cet événement rassemble les acteurs clés du secteur pour redéfinir la politique sanitaire de la sous-région.

Sous la bannière de la FESPAO, les futures générations de professionnels de santé africains ne se contentent plus de revendications budgétaires. Elles exigent une refonte complète du modèle pharmaceutique ouest-africain. Exit l’approche traditionnelle centrée sur la distribution : place à l’industrialisation, à l’innovation génomique et à la validation scientifique des connaissances ancestrales. L’objectif ? Créer une autonomie médicale durable et adaptée aux réalités locales.

Produire localement : un impératif de sécurité sanitaire

Les crises sanitaires mondiales et les perturbations logistiques récentes ont révélé une vérité incontestable : la dépendance aux importations de médicaments expose les pays africains à des risques majeurs. Cette prise de conscience a servi de catalyseur lors du sommet de Lomé. Le Professeur Gado Tchangbédji, ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a présenté la feuille de route du gouvernement togolais, pilotée par le Président Faure Essozimna Gnassingbé : faire de l’innovation et de la production pharmaceutique locale les piliers de la résilience sanitaire ouest-africaine. Pour y parvenir, l’État s’engage à renforcer la coopération scientifique et la recherche appliquée.

L’épidémiologie génomique et la réhabilitation des savoirs traditionnels

Produire sur place ne suffit pas si cela se limite à copier des brevets étrangers. La véritable souveraineté pharmaceutique repose sur l’adaptation des traitements aux spécificités génétiques et épidémiologiques africaines. Les Assises de Lomé ont mis en lumière l’urgence de développer des thérapies conçues pour les populations locales, souvent exclues des essais cliniques internationaux. Parallèlement, les experts plaident pour une industrialisation de la pharmacopée traditionnelle. Il ne s’agit plus d’informalité : les plantes médicinales doivent être soumises à des protocoles scientifiques rigoureux pour donner naissance à des molécules 100 % africaines.

Former les pharmaciens de demain : chercheurs et industriels

Cette ambition se heurte à un défi de taille : celui du capital humain. Le Professeur Tchin Darré, ministre délégué à la Santé et doyen de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé, a souligné l’urgence de réformer les cursus universitaires. Le pharmacien ouest-africain de demain ne sera plus un simple distributeur derrière un comptoir. Il deviendra un chercheur innovant, un acteur industriel et un expert en validation des savoirs endogènes. Les 21ᵉ Assises de la FESPAO visent précisément à transformer ces débats en actions politiques concrètes.

L’enjeu est vital : sans une industrie pharmaceutique locale solide et une recherche ancrée dans les réalités africaines, la sous-région restera tributaire de solutions extérieures. Or, face aux pandémies futures, cette dépendance pourrait s’avérer coûteuse en vies humaines. La souveraineté sanitaire se mesurera à la capacité des États à concrétiser ces résolutions.