Mayo-tsanaga : quand boko haram réduit en cendres les villages camerounais

mayo-tsanaga : quand boko haram réduit en cendres les villages camerounais

Une terreur qui s’enracine dans le quotidien

Le terrorisme de Boko Haram n’est plus une menace lointaine pour les habitants du département du Mayo-Tsanaga. Depuis son expansion depuis le Nigeria voisin en 2014, la secte islamiste a transformé cette région camerounaise en un champ de ruines. Le mont Gossi, à Tourou, situé à 35 kilomètres de Mokolo, a été la première cible camerounaise. Aujourd’hui, après près de dix ans de violences, la situation n’a fait qu’empirer.

Boko Haram ne se contente plus d’attaques ponctuelles. Les terroristes brûlent, tuent, violent et pillent systématiquement. Aucun secteur n’est épargné : champs, marchés, lieux de culte, postes de gendarmerie, écoles et centres de santé deviennent des cibles privilégiées. Les villages se vident, les terres sont abandonnées, et les populations, décimées, fuient sans espoir de retour. Pourtant, malgré l’ampleur de cette tragédie, le silence des autorités reste assourdissant.

Un département vidé de ses habitants

Du nord de Mokolo jusqu’à Koza, en passant par le Mayo-Moskota, le paysage est celui d’une hémorragie humaine sans précédent. Plus de 50 villages ont été totalement ou partiellement abandonnés par leurs habitants. Parmi les localités les plus touchées figurent Gossi, Tourou, Vizik, Ldamang, Magoumaz, Ldubam, Dinglding, Chougoulé, Oupai, Houdahai, Vouzoud, Ldama, Ziver Montagne, Houva, Gouzda Wayam, Tchébé-Tchébé, Koza, Locktcha, Toufou, Guedjele-Guibedrom, Zelevet, Krawa-Mafa, Ldaoutsaf, Merekouet, Dzamadzaf, Hitéré, Bavangola, Vreket, et Gouzou-dou.

En mai 2022, lors des Rencontres fraternelles du Mayo-Tsanaga à Tourou et Mokolo, le cinquième adjoint au maire de Mokolo, Mahadek Nicolo Nouhou, révélait un bilan accablant : une dizaine de villages totalement déserts, deux occupés par les terroristes, et sept autres régulièrement attaqués. Les localités de Gossi, Toufou 1, Toufou 2, Roum et Hitawa, où les habitants ont progressivement abandonné leurs foyers, restent sous l’emprise quasi permanente de Boko Haram.

Survivre dans l’enfer nocturne

Depuis plus d’une décennie, les populations vivent dans une peur permanente. La nuit, les hommes fuient leurs habitations pour se réfugier dans les montagnes, partageant les grottes avec des serpents et autres dangers. Au petit matin, ils redescendent pour tenter de sauver ce qui peut l’être : leurs champs, leurs bêtes, leurs maigres biens. Les attaques se multiplient, et les forces de sécurité, souvent en nombre insuffisant, ne peuvent rien face à des terroristes lourdement armés. À Ldamang et Ldubam, lors de l’attaque du 18 juin 2026, seulement deux militaires étaient présents. Que faire contre des assaillants équipés de fusils d’assaut ?

Face à cette impuissance, les comités de vigilance, composés de civils armés de machettes et de bâtons, se retrouvent en première ligne. Ils sont les seuls remparts contre une barbarie que l’État camerounais semble incapable ou unwilling de contenir.

L’élite locale et l’inaction coupable

Le Mayo-Tsanaga compte des cadres administratifs et des élites locales qui pourraient amplifier la voix des victimes. Pourtant, leur silence est assourdissant. On les retrouve lors des meetings électoraux, où ils promettent monts et merveilles, mais dès que les villages brûlent ou que les morts s’accumulent, ils se murent dans le mutisme. Ces promesses vides, répétées à chaque visite ministérielle, ne changent rien. Les attaques continuent, les villages sont toujours abandonnés, et les déplacés s’entassent dans des conditions précaires.

Les autorités se contentent de visites symboliques et de déclarations creuses. Après les rencontres fraternelles de Tourou et Mokolo, plus rien. Les promesses restent à Mokolo, tandis que la terreur persiste à Koza, Gossi, et ailleurs. Personne ne peut prédire ce que sera demain.

Un exode qui dépasse les frontières du département

La crise s’étend bien au-delà du Mayo-Tsanaga. Plus de 9 000 personnes ont été déplacées par les attaques de Boko Haram, un chiffre en constante augmentation. En juin 2026, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recensait 482 nouveaux déplacés, soit 78 ménages, ayant fui les violences dans les arrondissements de Mokolo, Koza et Mayo-Moskota. Début juillet 2026, une autorité communale de Kalfou, dans le Mayo-Danay, accueillait près de 300 personnes venues de Mokolo, à plus de 210 kilomètres de distance. Cet exil forcé illustre l’ampleur de la crise : des familles parcourent des centaines de kilomètres, abandonnant leurs terres, leurs maisons et leurs moyens de subsistance.

Ceux qui fuient laissent derrière eux bien plus que des biens matériels. Des centaines d’actes de naissance et de cartes d’identité sont réduits en cendres avec leurs maisons. Mais le drame le plus cruel est celui des familles séparées. Dans la panique des attaques, des parents fuient sans leurs enfants, d’autres perdent le contact avec leurs proches. Des jeunes, livrés à eux-mêmes, se retrouvent sans protection, sans école, et sans repères. Certains abandonnent leurs études pour sombrer dans le banditisme, tandis que des jeunes filles voient leur avenir brisé.

Un département en voie de désertification

Le Mayo-Tsanaga se meurt. L’agriculture s’effondre, les écoles ferment, et l’économie locale disparaît. Si rien ne change, ce département camerounais risque une dépopulation accélérée et irréversible. L’État a-t-il le droit d’ignorer ses citoyens sous prétexte qu’ils vivent loin de Yaoundé ? Combien de villages devront encore être abandonnés avant que cette crise ne devienne une priorité nationale ?