Melbet : le scandale des flux financiers suspects entre Sénégal, Russie et Chypre
Une enquête judiciaire d’envergure vient de révéler un vaste réseau financier illicite lié à la plateforme de Paris en ligne Melbet. L’affaire, qui secoue actuellement le Sénégal, met en lumière des pratiques frauduleuses impliquant des acteurs internationaux et des flux de capitaux colossaux.

Une affaire de blanchiment et d’association de malfaiteurs
L’enquête, menée par la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC), a abouti à l’ouverture d’une information judiciaire fin janvier 2026. Plusieurs individus, dont le Russe Filipp Mikhalin, la Ivoirienne Mécapeu Catherine Prisca Droh, ainsi que des complices sénégalais et moldaves, ont été placés sous contrôle judiciaire. Les chefs d’accusation retenus incluent blanchiment de capitaux, association de malfaiteurs et atteinte à la représentation de la personne.
Les investigations ont révélé une stratégie de recrutement agressive via des publicités massives sur Facebook et Meta. Les annonces promettaient des gains rapides et mirobolants, comme « des millions à gagner chaque jour », attirant ainsi des milliers de parieurs. Pourtant, derrière cette façade alléchante se cachait un système frauduleux bien organisé.
Des flux financiers suspects et des montants inexpliqués
Entre septembre et décembre 2025, les réquisitions judiciaires auprès de l’opérateur de paiement Wave ont permis de tracer des mouvements de fonds sans précédent. En l’espace de quatre mois, 29,5 milliards de FCFA ont été collectés auprès des clients, tandis que seulement 23,5 milliards de FCFA ont été reversés. Ce différentiel de près de 6 milliards de FCFA soulève de sérieuses suspicions de blanchiment d’argent et de rétention illégale de fonds.
Le mode opératoire était particulièrement retors : les victimes étaient incitées à participer à des jeux virtuels affichant des gains mirobolants. Pour prétendre toucher ces sommes, elles devaient effectuer des micro-paiements préalables via des plateformes non régulées comme l’application « Game Sawa », échappant ainsi au contrôle de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase).
Un réseau international et une opacité contractuelle
L’enquête a également mis au jour l’implication d’une société basée à Chypre, Melbet Limited, actuellement en cours de radiation. Pour contourner cette interdiction, un réseau de sociétés écrans aurait été mis en place, dont Vikhrédia Suarl et Batnesto Ltd. Ces entités, liées par des contrats de location de noms de domaine, ne disposaient d’aucune licence officielle pour exploiter des jeux de hasard.
La Lonase a réaffirmé sa position en rappelant qu’elle ne reconnaît aucun lien contractuel avec Melbet et exige le respect strict des réglementations en matière de transparence financière et de lutte contre le blanchiment. Les enquêteurs suspectent également l’utilisation abusive de symboles institutionnels pour renforcer la crédibilité des campagnes publicitaires, notamment le logo de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS) et l’image du footballeur Sadio Mané, sans leur autorisation.