Paul biya : l’absence du président camerounais relance les interrogations sur la gouvernance
Avec plus de quatre décennies à la tête du Cameroun, Paul Biya, âgé de 93 ans, incarne la longévité politique la plus longue au monde. Depuis le 7 juin, le chef de l’État a quitté le territoire national pour un séjour privé en Europe, accompagné de son épouse Chantal Biya. Cette absence, qui s’étire désormais sur 48 jours, relance les débats sur la gestion du pouvoir et l’état de santé du président camerounais.
Un pouvoir en suspens : entre santé et spéculations
Les déplacements répétés de Paul Biya à Genève, où il séjourne fréquemment, alimentent les rumeurs concernant son état de santé. Ces dernières semaines, le gouvernement a tenté de calmer les spéculations en démentant, par communiqué officiel, toute hospitalisation du dirigeant dans une clinique suisse. Pourtant, la prudence reste de mise, d’autant que les absences prolongées du président ne sont pas inédites.
L’opposition camerounaise, représentée par des figures comme Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), dénonce un « vide institutionnel criant ». Sur les réseaux sociaux, il a interpellé les autorités sur la nécessité de clarifier la situation, tandis que Patricia Tomaïno Ndam Njoya, présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), a exigé mi-juillet la mise en place d’une procédure transparente pour constater un éventuel empêchement temporaire ou définitif du président.
Le gouvernement en « pilotage automatique » ?
Face aux critiques, les partisans du régime assurent que Paul Biya supervise activement les affaires de l’État depuis l’étranger. James Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et membre du parti présidentiel, a affirmé que le chef de l’État suivait « méticuleusement » les dossiers soumis par ses collaborateurs. Pourtant, cette défense peine à convaincre une partie de la population, d’autant que les absences répétées du président, depuis plus de vingt ans, exacerbent la frustration des Camerounais.
Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l’université de Yaoundé, souligne : « Les gens sont déjà épuisés d’attente. D’abord parce que le gouvernement actuel est en place depuis huit ans, un record. Ensuite, après une élection aux résultats contestés, beaucoup estiment qu’il est temps de tourner la page. »
Une élection contestée et des réformes inabouties
La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat en octobre 2025, contestée par l’opposition, avait été suivie de manifestations violemment réprimées. Officiellement, le bilan fait état de « plusieurs dizaines » de morts, sans que le gouvernement ne fournisse de chiffres précis. Les chancelleries occidentales avaient alors adopté une position réservée face à ces résultats.
Dans son discours du 31 décembre 2025, le président avait promis la formation d’un nouveau gouvernement « dans les prochains jours ». Sept mois plus tard, cette promesse reste lettre morte. Parallèlement, les élections municipales et législatives, maintes fois reportées, prolongent indéfiniment le mandat des élus en place, ajoutant à la défiance envers les institutions.
L’ombre de l’après-Biya et les luttes de pouvoir
Face à ces incertitudes, le pouvoir a tenté d’anticiper l’avenir en réformant la Constitution. En mai dernier, une révision a créé le poste de vice-président, et en mars, les présidents des deux chambres du Parlement ont été remplacés. Pourtant, près de trois mois après cette réforme, aucun vice-président n’a été nommé, alimentant les spéculations.
En juin, un faux décret présidentiel, censé officialiser la nomination du vice-président, a circulé à Yaoundé. Bien que rapidement identifié comme un faux par les médias, ce document a nourri les rumeurs sur la succession de Paul Biya et accéléré les tensions au sommet de l’État.
Selon Viviane Ondoua Biwolé, « il existe une crise visible entre les proches du président, notamment entre les différents clans qui s’affrontent pour influencer les décisions ». Stéphane Akoa, politologue, confirme ces tensions : « Les indiscrétions révèlent des querelles croissantes au sein de l’entourage présidentiel. » Parmi ces factions, l’influence croissante de Chantal Biya, la Première dame, est régulièrement évoquée. Son nom circule dans les nominations et les prises de décision, renforçant l’idée d’une gouvernance centralisée autour de son cercle.
En l’absence de vice-président, c’est au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qu’il reviendrait d’assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps d’organiser une élection présidentielle.