Rdc: des crimes de guerre attribués à un groupe armé lié à l’armée congolaise

Un groupe armé bénéficiant du soutien des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a commis des meurtres, des actes de torture, des pillages et des enlèvements de femmes dans le territoire de Rutshuru, à l’est du pays. Des victimes ont été réduites à l’esclavage sexuel, selon une enquête approfondie menée entre mars et avril 2026.

Le Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP) fait partie des Wazalendo (« patriotes » en swahili), une coalition lâche de groupes armés utilisée par l’armée congolaise comme force supplétive contre le Mouvement du 23 mars (M23), appuyé par Kigali. Le CMC-FDP opère principalement dans le groupement de Bukombo (Rutshuru), actuellement contrôlé par le M23.

Les civils de Bukombo et des environs sont pris en étau entre la brutalité du M23 et celle du CMC-FDP. Le quotidien qu’ils subissent est effroyable, surtout dans les zones isolées où le CMC-FDP agit en toute impunité.

Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe

Le groupe conserve des bases isolées à Bukombo et cible les civils, souvent la nuit ou dans des secteurs moins fréquentés par le M23. Après des affrontements, ses combattants se vengent sur des personnes soupçonnées d’avoir des liens familiaux avec des membres du M23. Ces violations du droit international humanitaire pourraient constituer des crimes de guerre.

« Les autorités congolaises condamnent régulièrement les violences du M23, à juste titre, mais elles ferment les yeux sur les exactions similaires des Wazalendo, y compris le CMC-FDP. En réalité, elles cautionnent ces crimes et se dérobent à leur obligation de protéger les civils et de traduire les responsables en justice. La communauté internationale doit exiger de Kinshasa qu’il cesse sur-le-champ son soutien à ces groupes », a ajouté M. Chagutah.

L’enquête a recueilli les témoignages de 16 victimes, survivantes de viols et d’agressions sexuelles, ainsi que de membres de familles de personnes tuées, violées, torturées ou enlevées par des combattants du CMC-FDP entre juin et décembre 2025. Des défenseurs des droits humains ont également signalé des exécutions sommaires et des incendies d’habitations.

La communauté internationale doit faire pression sur le gouvernement congolais pour qu’il cesse immédiatement son appui à ces groupes armés.

Tigere Chagutah

Le 8 juin 2026, les enquêteurs ont écrit au CMC-FDP pour l’informer des constatations et demander des éclaircissements. Le porte-parole Héritier Donald Gashegu a répondu par écrit le 16 juin, niant toute responsabilité et affirmant que le groupe « demeure attaché au respect des droits humains et à la discipline de ses combattants ».

Viols et autres violences sexuelles envers les femmes

Une femme d’une vingtaine d’années a raconté qu’après le départ de son mari pour le M23 en mai 2025, des combattants du CMC-FDP l’avaient enlevée chez elle et détenue pendant trois mois. « Ils m’ont donné le choix : soit je partais avec eux, soit ils me tuaient », a-t-elle déclaré. Elle a été emmenée dans une maison sur leur camp, présentée à un commandant qui devait devenir son « mari », et violée à de nombreuses reprises. Elle a vu deux autres femmes détenues et a fui lors d’une attaque du M23.

Une femme de 22 ans a raconté avoir été enlevée en juin 2025 après que son mari a rejoint le M23. Forcée à devenir la « femme » d’un commandant, elle a subi des viols répétés. Elle a vu d’autres civils détenus et maltraités, parfois dans des cellules souterraines. Elle s’est échappée en octobre 2025 lors d’une attaque du M23.

Les deux victimes ont contracté des infections sexuellement transmissibles suite aux viols. Elles ont été soignées dans des centres de santé, mais de nombreuses autres n’ont pas accès à des soins adéquats. L’esclavage sexuel et les violences sexuelles en période de conflit constituent des crimes de guerre et violent plusieurs droits humains fondamentaux.

Le CMC-FDP a « rejeté catégoriquement » les accusations de viols et d’esclavage sexuel, affirmant qu’aucune plainte n’avait été déposée. Cependant, ses dirigeants auraient dû être informés de ces actes et pourraient être considérés comme complices s’ils n’ont pas agi pour les empêcher.

Mauvais traitements et autres violences faites aux femmes

Le 20 novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte et son mari, se sont réfugiées dans une bananeraie à Mashango lors d’échanges de tirs. Des combattants armés les ont retrouvées, ont pillé leurs biens et brûlé leurs maisons. Le mari a été tué à la machette. La femme a accouché seule dans la forêt le jour même.

Une autre femme enceinte a été battue et blessée au couteau par quatre combattants du CMC-FDP venus chercher son mari. Elle a fait une fausse couche le lendemain. Le groupe a nié les pillages et incendies.

Homicides par vengeance et exécutions sommaires

Neuf victimes ont rapporté que des combattants du CMC-FDP ont tué leurs maris ou les ont enlevées parce que leurs fils ou maris avaient rejoint le M23. Une femme de 35 ans a vu son mari abattu de trois balles sous les yeux de leurs jeunes enfants, après que son fils de 15 ans avait rejoint le M23. Une autre, Elisabeth*, a vu six combattants tuer son mari, pillant ensuite la maison. Le CMC-FDP a indiqué ne pas avoir assez d’informations pour enquêter.

Ils lui ont tiré à trois reprises dans la poitrine et dans les parties génitales. Après l’avoir abattu, ils ont pillé la maison. Ils sont repartis avec quatre chèvres, des vêtements et des marmites.

Elisabeth*

Extorsion et menaces

Avant l’arrivée du M23, le CMC-FDP prélevait un impôt appelé lala salama (« dormir paisiblement » en swahili) sur les habitants. Un homme, Innocent*, a été approché à trois reprises depuis que son fils a rejoint le M23 ; il a versé 300 dollars et s’est fait brûler trois maisons. Une femme, Justine*, a été fouettée et attachée parce qu’elle ressemblait à une Tutsi, son mari ayant fui par peur du M23. Un combattant l’a aidée à s’échapper par pitié pour son bébé.

Le CMC-FDP a nié toute pratique d’extorsion, mais les dirigeants auraient dû être au courant et auraient dû enquêter.

À chaque fois qu’ils venaient, ils me frappaient. Ils ont brûlé trois maisons, la mienne et deux autres. Ils ont dit qu’ils me tueraient si je ne leur donnais pas d’argent.

Innocent*

Appui de l’armée congolaise au CMC-FDP

En mai 2023, la RDC a adopté une loi créant la Réserve armée de la défense, permettant d’intégrer des groupes armés locaux comme force supplétive. Les FARDC fournissent au CMC-FDP financement, armes et munitions. En décembre 2025, le ministre des Finances a indiqué que l’État versait 4 millions de dollars par mois aux Wazalendo. Un document interne obtenu par Ebuteli montre que le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches et 100 roquettes des FARDC fin 2023-début 2024.

En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du CMC-FDP, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, pour graves violations des droits humains. Il a combattu au sein de groupes nyatura et collaboré avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé incluant d’anciens responsables du génocide de 1994.

Il est inacceptable que l’armée congolaise continue à soutenir les combattants du CMC-FDP en dépit des terribles atteintes aux droits humains qu’ils infligent aux civils.

Tigere Chagutah

« Les autorités congolaises doivent immédiatement mettre fin à leur collaboration avec le CMC-FDP et les autres groupes wazalendo responsables d’exactions, et les traduire en justice », a conclu Tigere Chagutah.

* Des pseudonymes sont utilisés pour protéger l’identité des personnes interrogées.