Côte d’Ivoire : Nialé Kaba défend les priorités d’Abidjan à la CEDEAO à Freetown

Freetown accueille aujourd’hui la 96e session ordinaire du Conseil des ministres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Nialé Kaba, Ministre d’État ivoirienne en charge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, y défend les positions d’Abidjan, accompagnée d’Adama Dosso, Ministre délégué à l’Intégration africaine et aux Ivoiriens de l’Extérieur. Une délégation de haut niveau pour cette rencontre diplomatique majeure.

Une semaine diplomatique intense dans la capitale sierra-léonaise

Les travaux statutaires de la CEDEAO se tiennent à Freetown depuis le 12 juillet, avec une session ministérielle aujourd’hui avant le 69e sommet des chefs d’État prévu le 19 juillet à Lungi. Timothy Musa Kabba, Ministre sierra-léonais des Affaires étrangères et Président en exercice du Conseil, a réaffirmé l’engagement de son pays pour la paix, la sécurité et la démocratie dans la région.

Dès l’ouverture, Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAO, a souligné l’importance de renforcer la solidarité régionale et d’agir collectivement face aux défis sécuritaires, politiques et humanitaires qui traversent l’Afrique de l’Ouest.

Les priorités ivoiriennes au cœur des débats

La délégation de Côte d’Ivoire arrive avec un agenda ambitieux. Quatre axes majeurs guident sa participation : la consolidation de la paix, l’intégration économique, la digitalisation des services régionaux et la restitution des biens culturels africains. Ce dernier point, défendu depuis longtemps par Abidjan, s’inscrit dans une démarche plus large de retour des œuvres pillées durant la colonisation, un dossier également porté à l’UNESCO.

Une réunion conjointe entre le Conseil des ministres et le Conseil de médiation et de sécurité a permis d’aborder le « Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest ». Ce texte vise à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions étatiques, une nécessité après des années de crises politiques dans la région.

Sécurité, Force en attente et crise humanitaire : des sujets brûlants

Les échanges portent sur des enjeux cruciaux : la situation politique et sécuritaire dans la région, l’opérationnalisation de la Force en attente de la CEDEAO, la crise humanitaire et la mise en place de systèmes d’alerte précoce. La Force en attente, prévue pour permettre un déploiement rapide en cas de crise, peine à devenir pleinement opérationnelle depuis des années. Cette faiblesse est d’autant plus visible face aux défis persistants dans le Sahel.

La question des déplacements massifs de populations fuyant les conflits armés figure également parmi les priorités à traiter.

Contexte régional : entre fractures et stabilité

La CEDEAO traverse une période de refonte complexe. Depuis 2021, l’organisation a été fragilisée par une série de coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces trois pays ont annoncé leur retrait en 2024 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), remettant en cause l’architecture traditionnelle de l’intégration régionale telle que promue par la CEDEAO depuis 1975.

Dans ce paysage fragmenté, la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur clé de la stabilité. Première économie de l’UEMOA et quatrième d’Afrique subsaharienne, Abidjan joue un rôle central dans le commerce et la finance ouest-africains. Le pays abrite également une importante diaspora en provenance des États voisins, renforçant son influence sur les dynamiques régionales. La présence de Nialé Kaba à Freetown illustre cette volonté de leadership au sein de l’organisation.

Préparation du sommet du 19 juillet à Lungi

Le Conseil des ministres a pour mission de préparer les conclusions qui seront soumises aux chefs d’État lors du sommet de Lungi. Les résolutions adoptées aujourd’hui traceront les grandes lignes des discussions entre les dirigeants de la région. Nialé Kaba et Adama Dosso repartent avec pour objectif de façonner une intégration régionale que la Côte d’Ivoire entend porter depuis l’intérieur de la CEDEAO.