Mali : interdiction des motos de grosse cylindrée hors des villes pour un an
Les motos de forte cylindrée sont interdites de circulation hors des grandes villes pour une période d’un an, renouvelable. Le gouvernement de transition justifie cette mesure par la nécessité de limiter les déplacements des groupes terroristes. L’importation, le transit, la vente et la distribution de ces deux-roues sont également prohibés sur l’ensemble du territoire pour la même durée. Cette décision suscite le scepticisme dans une partie de la population, en particulier dans les zones rurales.
L’annonce a été faite début juin par arrêté interministériel, diffusée à la télévision nationale.
« La circulation des motocyclettes de cylindrée de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations est suspendue sur toute l’étendue du territoire national. »
Le district de Bamako, ainsi que les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement, sont considérés comme de grandes agglomérations.
Marge d’adaptation
Cependant, les gouverneurs de région peuvent adapter ou interdire ces motos dans les chefs-lieux de cercle en fonction de la situation sécuritaire locale.
Un habitant du cercle de Bandiagara, dans le centre du pays, qui a requis l’anonymat, estime qu’il sera difficile d’appliquer cette mesure chez lui.
« Oui, ce sera compliqué car dans le pays dogon, seules ces motos sont adaptées à notre environnement. Nous vivons dans des zones montagneuses avec des routes pentues et des rampes raides. Elles sont indispensables. Que ce soient les FAMa, les humanitaires ou nous, paysans, tout le monde les utilise. Elles remplacent même les ambulances pour transporter les malades vers les centres de santé. »
Préoccupations
À Mopti, également dans le centre, les propriétaires de motos de grosse cylindrée affichent leur inquiétude. Ils se rendent régulièrement dans les villages voisins pour leurs activités agricoles, pastorales ou de pêche.
Un habitant de Mopti approuve la suspension pour des raisons de sécurité, mais s’inquiète des répercussions.
« Nous allons de village en village chaque jour pour travailler. Depuis l’annonce, beaucoup ont déposé leurs motos. Moi, je livrais du pain à des habitants de villages éloignés de Mopti. »
Les groupes armés utilisent ces motos pour se déplacer facilement et mener des attaques. Mais les populations s’en servent aussi au quotidien, pour leurs activités et pour subvenir à leurs besoins, faute d’autres moyens de transport. Fin avril 2026, une attaque coordonnée de grande envergure a visé plusieurs villes, menée par les djihadistes du Jnim et leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette mesure sécuritaire radicale montre la gravité de la crise au Mali, mais elle a un coût social élevé, selon de nombreux analystes.