Paul biya remanie l’armée camerounaise dans un climat d’incertitude politique

Le président camerounais Paul Biya, en fonction depuis plus de quatre décennies, a opéré un remaniement significatif au sein de l’armée nationale. Cette décision intervient alors que son absence prolongée du Cameroun, estimée à près de deux mois, alimente les spéculations et les inquiétudes au sein de la classe politique et de la population.

Paul Biya lors d'une visite officielle au Cameroun aux côtés de responsables gouvernementaux et de son épouse, Chantal Biya

Paul Biya lors d’une de ses dernières apparitions publiques au Cameroun.

Un remaniement stratégique en période d’absence présidentielle

Parmi les changements notables, cinq officiers supérieurs ont été promus au grade de général de brigade. Ces nominations, officialisées par des décrets signés depuis Genève, où Paul Biya séjourne depuis début juin, visent à renforcer la chaîne de commandement militaire. Le chef de l’État camerounais a également nommé des responsables à des postes clés au sein des forces armées.

Ces ajustements s’inscrivent dans une tradition de remaniements militaires sous son mandat, particulièrement en période de tensions internes ou d’instabilité perçue. L’absence du président, justifiée par son équipe comme un « séjour privé », suscite cependant des interrogations quant à la gestion du pouvoir en son absence.

Un contexte politique marqué par des défis majeurs

Le Cameroun traverse une phase délicate, avec des remaniements militaires ayant déjà eu lieu à plusieurs reprises ces derniers mois. En 2025, après le coup d’État au Gabon voisin, le commandement militaire camerounais avait été immédiatement ajusté pour éviter toute contagion régionale. Plus récemment, avant l’élection présidentielle controversée qui a reconduit Paul Biya pour un huitième mandat, d’autres mouvements au sein de l’armée avaient été observés.

En juin 2026, de nouvelles promotions ont été annoncées, renforçant encore l’encadrement des forces de sécurité. Pourtant, ces décisions, prises depuis l’étranger, alimentent les débats, notamment sur les réseaux sociaux, où certains y voient une tentative de consolidation du pouvoir en l’absence du président.

Les spéculations sur l’état de santé de Paul Biya, désormais âgé de 93 ans, se multiplient. Malgré les démentis répétés du gouvernement, qui affirme que le chef de l’État travaille activement depuis Genève, l’opacité entourant ses activités nourrit les rumeurs. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a réaffirmé que Paul Biya était en bonne santé et qu’il reviendrait prochainement au Cameroun, tout en rejetant les accusations d’une vacance du pouvoir.

Un vide institutionnel dénoncé par l’opposition

L’opposition camerounaise, représentée notamment par Mamadou Mota, vice-président du parti CRM, dénonce un « vide institutionnel flagrant » en l’absence du président. « Le pouvoir exécutif ne peut s’exercer depuis des hôtels ou par des décisions à distance », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de la présence physique du chef de l’État pour garantir la stabilité du pays.

Le poste de vice-président, créé en avril 2026, reste toujours vacant, ajoutant à l’incertitude politique. Par ailleurs, plusieurs décrets signés par Paul Biya depuis l’étranger ont autorisé son gouvernement à contracter des prêts auprès d’institutions financières internationales, une mesure qui soulève des questions sur la gouvernance en son absence.

La gestion de l’information concernant l’état de santé du président a également fait l’objet de critiques, notamment après l’interdiction imposée aux médias locaux de couvrir ce sujet il y a deux ans. Ces mesures renforcent le mystère autour de la situation réelle de Paul Biya, alimentant les tensions au sein de la société camerounaise.