Stabilité politique au Bénin : coup d’état avorté ou menace persistante ?

stabilité politique au Bénin : coup d’état avorté ou menace persistante ?

Le président béninois Patrice Talon en 2022
Le président béninois Patrice Talon en 2022 © LUDOVIC MARIN / AFP

L’instabilité politique en Afrique de l’Ouest s’intensifie avec une série de coups d’État depuis le début des années 2020, notamment au Sahel, en Guinée et récemment en Guinée-Bissau. Ces événements soulèvent des questions sur la sécurité régionale et la capacité des institutions à maintenir l’ordre constitutionnel.

Au Bénin, une tentative de putsch a été déjouée ce week-end. Huit militaires ont annoncé la destitution du président Patrice Talon lors d’une intervention télévisée. Pourtant, après une journée de tensions à Cotonou, le chef de l’État a affirmé que la situation était totalement sous contrôle. Les affrontements entre mutins et forces loyales ont fait plusieurs victimes.

une riposte rapide des autorités béninoises

Le Bénin a bénéficié du soutien de son voisin nigérian, qui a mené des frappes aériennes sur la base de Togbin, où les putschistes s’étaient retranchés. Des troupes au sol ont également été déployées pour reprendre le contrôle de la situation. Cette réaction illustre la nécessité d’une coopération militaire régionale face aux menaces internes.

Abuja a joué un rôle clé dans la neutralisation de cette tentative de coup d’État, tandis que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a réagi promptement en annonçant l’envoi de renforts militaires. L’objectif ? Préserver l’ordre constitutionnel et éviter une contagion des putschs dans la région.

la cedéao en état d’urgence face aux défis régionaux

Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a déclaré que « notre communauté est en état d’urgence », évoquant à la fois la menace jihadiste et les coups d’État récurrents. Une douzaine de militaires ont été arrêtés, mais certains putschistes, dont leur chef, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, restent en fuite.

Les tensions au Bénin s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilité démocratique. Patrice Talon, en fin de mandat, doit quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats consécutifs. Bien que salué pour son action économique, il est critiqué pour un virage autoritaire qui a marginalisé certains partis d’opposition, comme les Démocrates, exclus du scrutin en raison d’un manque de parrainages.

Thomas Boni Yayi, ancien président et dirigeant des Démocrates, a condamné avec fermeté cette tentative de coup d’État. Il a appelé à des élections libres et transparentes, soulignant que les scrutins sont devenus un « élément déclencheur d’instabilité majeur » en Afrique de l’Ouest. Omar Alieu Touray a également pointé une « érosion grandissante de l’inclusivité électorale » dans plusieurs États de la région.

un avenir politique incertain pour le Bénin

Avec la fin prochaine du mandat de Patrice Talon, le Bénin se dirige vers une période charnière. La stabilité du pays dépendra en grande partie de la capacité des autorités à organiser des élections crédibles et inclusives. La tentative de coup d’État récente rappelle les risques persistants de déstabilisation dans une région déjà fragilisée par les crises sécuritaires et politiques.

Les prochains mois seront décisifs pour le Bénin et la CEDEAO, alors que la menace jihadiste et les tensions internes continuent de peser sur la sécurité régionale.