Succès masra toujours incarcéré au Tchad après l’appel rejeté par la cour suprême

Succès Masra reste derrière les barreaux après le rejet de son appel par la justice tchadienne

La Cour suprême du Tchad a statué définitivement jeudi 21 mai : l’ancien Premier ministre et figure de l’opposition, Succès Masra, conservera sa peine de 20 ans de prison ferme. Cette décision survient dans un contexte politique particulièrement tendu à N’Djamena, où les tensions entre le pouvoir et les forces d’opposition s’exacerbent.

Succès Masra, opposant tchadien emprisonné, lors d'une audience judiciaire

Une condamnation contestée et des accusations politiques

L’avocat de Succès Masra, Me Francis Kadjilembaye, a dénoncé un verdict sans appel : « Malgré les arguments juridiques présentés, la Cour suprême a maintenu sa décision ». Arrêté en mai 2025, l’opposant a été reconnu coupable d’« incitation à la haine et à la xénophobie » ainsi que de « complicité de meurtre ». Des accusations que ses partisans qualifient de manœuvres politiques pour museler la dissidence.

Les organisations de défense des droits humains s’indignent

Human Rights Watch a vivement critiqué le procès, le qualifiant de « parodie de justice ». L’ONG souligne que la détention prolongée de Masra illustre une répression accrue contre les voix critiques au Tchad. Lors de l’audience, des journalistes ont rapporté la présence d’un important dispositif sécuritaire autour du palais de justice, certains reporters se voyant refuser l’accès à la salle.

Un climat politique explosif au Tchad

Cette décision intervient alors que le pays traverse une période de fortes turbulences politiques. Début mai, huit responsables de l’opposition ont été condamnés à huit ans de prison pour « insurrection ». Par ailleurs, les autorités ont dissous la principale coalition d’opposition, quelques jours avant ces condamnations. Les partis politiques opposés au régime dénoncent régulièrement des pressions, des interdictions de manifester et des violences policières. Fin avril, un militant du parti Les Transformateurs — dont Masra est le dirigeant — a été tué par les forces de l’ordre lors d’une manifestation réclamant sa libération.

Du statut d’opposant à celui de Premier ministre

Économiste de formation, diplômé en France et au Cameroun, Succès Masra s’était imposé comme l’un des principaux rivaux du président Mahamat Idriss Déby Itno. En 2024, il a même occupé le poste de Premier ministre avant de se présenter à l’élection présidentielle la même année. Selon les résultats officiels, il avait obtenu 18,5 % des voix contre 61,3 % pour le chef de l’État, des chiffres qu’il a toujours contestés en revendiquant sa victoire.

Cette affaire judiciaire s’ajoute à une série de mesures répressives contre l’opposition, alimentant les craintes d’un durcissement autoritaire au Tchad.