Mariama Sonko : quand une Sénégalaise redonne le pouvoir aux femmes rurales
L’agroécologie au service de l’émancipation féminine en Casamance
Dans les terres fertiles de Casamance, à Niaguis, une femme se bat depuis trois décennies pour transformer le quotidien des femmes rurales. Mariama Sonko, présidente du mouvement panafricain « Nous sommes la solution », incarne cette lutte acharnée pour l’autonomie financière et la souveraineté alimentaire. Son engagement, né d’une enfance marquée par les injustices, a donné naissance à une ferme expérimentale où l’agroécologie redéfinit les rapports de force.
Un combat né dans l’adversité
Fille et petite-fille de paysannes, Mariama Sonko a grandi avec une vision claire : briser les chaînes qui maintiennent les femmes dans un statut d’éternelles subordonnées. Dès son plus jeune âge, elle a été témoin des inégalités criantes : malgré l’accès théorique à la terre, les femmes peinaient à en devenir propriétaires. « Voir la pression constante sur les femmes, ça me révolté », confie-t-elle, les yeux brillants d’une détermination intacte.
Le décès de son père a été un tournant. Face à l’incapacité de sa mère à subvenir aux besoins de dix enfants, Mariama Sonko a dû interrompre ses études et lutter contre les pressions familiales pour se marier. « Mes oncles voulaient que je reste au foyer, mais je n’ai jamais baissé les bras », raconte-t-elle avec une fierté tranquille. À 19 ans, elle obtient enfin le droit de cultiver un terrain avec d’autres femmes, avant d’être expulsée trois ans plus tard. Cet épisode a été le déclic : il fallait agir pour changer les règles du jeu.
Une ferme modèle pour l’autonomie
En 2016, après des années de combat, Mariama Sonko réalise son rêve : acquérir trois hectares de terre près de Ziguinchor. Sa ferme, entièrement dédiée à l’agroécologie, devient un symbole de résilience. Sans pesticides, sans semences importées, elle y forme trente femmes à cultiver la terre tout en préservant les savoirs locaux. « Aujourd’hui, plus de 100 femmes ont un compte bancaire et épargnent. Leurs activités secondaires leur permettent d’augmenter leurs revenus », se réjouit-elle.
Son approche ne se limite pas à l’agriculture : elle prône une réappropriation totale des ressources. « Si on ne s’organise pas, demain, nous serons des étrangères chez nous. Le capital semencier est vital pour notre souveraineté alimentaire », martèle-t-elle. Son mouvement, « Nous sommes la solution », rassemble désormais plus de 800 associations dans huit pays d’Afrique de l’Ouest, unissant deux cent mille femmes souvent analphabètes mais riches de leur expérience.
L’agroécologie, levier de souveraineté
Avec son bâton de pèlerin, Mariama Sonko sillonne l’Afrique de l’Ouest pour promouvoir une agriculture libérée des dépendances aux multinationales. Son mouvement, « Nous sommes la solution », incarne cette vision : plus de 200 000 femmes, majoritairement analphabètes, s’y engagent pour préserver les semences locales et garantir une autonomie alimentaire durable. « Quand je vois les progrès accomplis, je suis fière. Ces femmes redonnent du pouvoir à leur communauté », explique-t-elle avec émotion.
Son combat dépasse les frontières du Sénégal. En unissant les forces de centaines d’associations, elle construit un avenir où les femmes rurales ne sont plus des spectatrices, mais des actrices centrales du développement agricole. Une révolution silencieuse, mais aux racines profondes, qui pourrait bien changer le visage de l’agriculture africaine.